Bagarre à la mi-août, toujours dans les colonnes du
Monde, entre élus UMP et un porte-flingue de Jean-Paul Huchon :
Le Grand Paris, notre avenir
L'événement est passé quasiment inaperçu. En 2007, un rapport de l'ONU-Habitat révélait que la population mondiale est désormais majoritairement citadine. Deux ans plus tard, le même organisme tirait la sonnette d'alarme et appelait à relever les défis nouveaux engendrés par cette situation inédite. Il insistait tout particulièrement sur l'urgente nécessité de revoir nos systèmes de planification urbaine existants afin qu'ils coïncident avec les objectifs propres à une urbanisation durable.
Ce développement sans précédent des villes aux quatre coins du monde ne va pas sans poser de sérieux problèmes, en effet : inégalités territoriales, manque de logements et de moyens de transports adaptés, insuffisante prise en compte des problématiques environnementales. La question de la ville est ainsi devenue l'un des enjeux majeurs de notre siècle. Elle ne saurait être négligée par les responsables politiques puisque c'est en leur sein qu'une bonne partie du destin de l'humanité se joue. C'est aussi à l'aune de notre capacité à faire face à cette situation nouvelle que les générations futures nous jugeront.
Dans ce contexte, le président de la République, Nicolas Sarkozy, a justement choisi de lancer le chantier du Grand Paris. Parce que Paris et la région capitale n'échappent pas au sort que connaissent les villes partout ailleurs, il était temps que ce dossier fasse l'objet d'une attention particulière. La région capitale a trop longtemps souffert d'une politique du fil de l'eau. A la logique du morcellement administratif, il fallait substituer une vision pour la métropole et des décisions propres à répondre aux défis auxquels elle est confrontée. Tel était l'enjeu du discours de Chaillot du 29 avril 2009.
Force est de constater que le chemin parcouru depuis est considérable. La loi portant sur l'avenir de la région a été définitivement adoptée par le Parlement. La Société du Grand Paris sera prochainement mise en place. Les études préparatoires à l'aménagement d'un métro circulaire et performant reliant les bassins économiques et de population vont pouvoir commencer. Surtout, les mentalités ont fini par évoluer. On entend moins les cris d'orfraie de ceux qui, jaloux de leurs prérogatives, présentaient ce projet comme une machine de guerre contre les collectivités territoriales d'Ile-de-France.
Jean-Paul Huchon et Bertrand Delanoë ont fini par ranger leurs pudeurs au vestiaire et par accepter de discuter avec le président de la République de l'avenir du Grand Paris. Quelle plus belle manière de reconnaître la pertinence de la démarche initiée un an plus tôt ? Le bon sens a manifestement fini par cheminer. Les clivages ont commencé à s'estomper. L'idée que l'avenir du Grand Paris vaut mieux que de petites querelles politiciennes a peu à peu gagné en force. Le chantier ne fait que débuter. Mais l'essentiel est acquis : chacun a compris les avantages d'une gestion cohérente et d'une vision d'ensemble de la métropole.
Il reste maintenant à donner corps à ce projet. L'enjeu est de taille. Il s'agit ni plus ni moins de dessiner les lignes d'un nouveau modèle de développement urbain. Il faudra pour cela cesser d'opposer le défi du rayonnement international et celui de l'amélioration de la qualité de vie. Au cours des dernières décennies, la région capitale a perdu sur ces deux tableaux. C'est dire que l'un ne se conçoit pas sans l'autre. Ils devront être pensés ensemble, loin de tout a priori idéologique.
Nous ne construirons pas la ville du XXIème siècle en restant empêtrés dans les dogmes du XXème. Qui peut imaginer en effet que nous atteindrons nos ambitions écologiques, économiques et sociales si nous ne contribuons pas, d'un même mouvement, à faire de la région capitale l'une des grandes puissances économiques du monde ? Cela suppose des infrastructures modernisées, une recherche structurée autour de pôles de compétitivité possédant une identité et une image fortes, un enseignement supérieur performant pour faire de notre métropole un exemple de développement.
C'est ainsi que nous gagnerons sur le terrain de la compétitivité économique comme sur celui de la vie quotidienne. Pour cela, nous assumons que Paris Métropole puisse être un lieu de décision pour porter de nouveaux projets du Grand Paris. C'est ce défi-là qu'il s'agit de relever. Dans un ouvrage récent, Jacques Attali affirmait que "la ville est le seul être vivant capable de rajeunir vraiment". Le Grand Paris peut nous donner l'occasion de le démontrer.
Pierre-Yves Bournazel, conseiller de Paris, conseiller régional d'Ile-de-France
Richard Dell'aglola, député-maire de Thiais
Frédéric Valletoux, maire de Fontainebleau conseiller régional d'Ile-de-France
Ils sont chargés du Grand Paris à l'UMP
Le Grand Paris, leur échec
Guillaume Vuilletet, conseiller régional d'Ile de France
La tribune publiée le 10 août dans Le Monde par les responsables UMP du Grand Paris ne susciterait aucune réaction, tant elle se réduit à un exercice de louange au chef de l'Etat, si, pour cacher la légèreté de leur "vision" de l'Ile-de-France, comme toujours réduite à un projet de train électrique, les signataires ne s'étaient pas livrés, pratique décidément en vogue dans la majorité présidentielle, aux attaques personnelles et aux amalgames.
Puisque, soucieux de préserver des négociations en cours, ni Jean-Paul Huchon ni Bertrand Delanoë ne réagiront à ce texte, considérant sans doute tous deux qu'on ne demande pas à des lilliputiens la couleur des yeux de Gulliver, je souhaite rétablir ici, en tant qu'élu régional et ancien membre de la commission ad hoc du conseil régional consacrée au Grand Paris, quelques réalités.
Nicolas Sarkozy n'est pas le général de Gaulle. Et le "discours de Chaillot" tombera aux oubliettes de l'histoire, quand on glosera encore sur le célèbre "Delouvrier, remettez-moi un peu d'ordre dans ce bordel !" qui généra l'Ile-de-France que nous connaissons. C'est Bertrand Delanoë, le premier, qui voulut et commença de bâtir un Grand Paris dès 2004 en rassemblant l'ensemble des maires de la petite couronne qui souhaitaient œuvrer à l'émergence d'une nouvelle agglomération centrale. Dans ce combat, il fut, dès les premiers jours, épaulé et soutenu par Jean-Paul Huchon.
Le conseil régional d'Ile-de-France s'est fortement mobilisé sur le sujet avec une commission ad hoc menée par Jean Paul Planchou et le regretté Claude Pernes. La moindre de ses contributions à sans aucun doute été de définir la région Ile-de-France comme le périmètre réel de l'agglomération. Il ne s'agissait de ne laisser aucun territoire sur le chemin.
Depuis 1998 et l'élection de Jean-Paul Huchon, la région capitale ne souffre pas, quoiqu'en disent les élus UMP, d'une politique au fil de l'eau. Les tramways, le RER E, la prolongation des lignes de métro et la création des lignes de bus, les pôles de compétitivité sont nés sous l'impulsion de la gauche régionale et parisienne. Les électeurs, à trois reprises en Ile-de-France, à deux reprises à Paris, ont exprimé leur souhait de poursuivre sur cette voie d'un développement harmonieux, global et socialement juste de la région capitale.
Les signataires UMP de cette tribune qui ressemble beaucoup à un devoir de vacances prétendent que le Grand Paris fera de l'Ile-de-France une des grandes puissances économiques du monde. Mais notre Région est déjà la première Région d'Europe ! Frédéric Valletoux, Pierre-Yves Bournazel et Richard Dell'aglola s'en convaincraient facilement, s'ils lisaient avec plus d'attention les enquêtes internationales sans doute plus éclairantes que les sondages Opinion Way.
Alors, c'est vrai, le Grand Paris a pris du retard. Deux années durant, en effet, il a été l'otage des logiques partisanes de l'UMP et de la présidence de la République qui voulaient, en bloquant le Schéma directeur de la région Ile-de-France, en faire l'arme de reconquête de la droite francilienne. Deux années durant, en effet, il a été géré par un ministre confus et sourd aux élus du peuple, autocrate dont le projet, finalement, sera parti en fumée.
Des idées et non des slogans
Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy semble avoir pris en compte le jugement du peuple, incontestable, au soir du 21 mars 2010. Il a souhaité négocier directement avec Jean-Paul Huchon et Bertrand Delanoë lesquels, toujours favorables au dialogue, ont volontiers rencontré le chef de l'Etat.
Car, et c'est bien là le seul point de la tribune des responsables UMP du Grand Paris qui soit acceptable, nous devons dépasser les clivages partisans et inventer la métropole du XXIe siècle ensemble. Cela ne se fera pas en écrivant des textes indigestes où sont seulement évoqués, en fait d'avenir, les infrastructures, la recherche et l'enseignement supérieur, comme une révérence au portefeuille ministériel de Valérie Pécresse, autoproclamée chef de fil de la majorité présidentielle en Ile-de-France.
D'autre questions nous attendent, essentielles. Combien d'emplois serons-nous en mesure de créer dans les trente années à venir ? Quelle solidarité avec les régions voisines pour que la croissance profite à tous ? Saurons-nous simplifier l'empilement des politiques de logement qui conduisent à bloquer la construction de nouveaux logements quand il en faudrait 70 000 par an et désigner un seul chef de fil pour le faire ? Comment financerons-nous, au-delà du métro en rocade autour de Paris, une Francilienne ferrée qui rejoigne les villes de grande couronne, de nouvelles lignes de bus, d'autres tramways ? Comment limiterons-nous le coût écologique de notre croissance, notamment en préservant absolument les zones naturelles, en refusant le mitage, en densifiant l'espace urbain sans le déshumaniser ? Réussirons-nous à nous convertir aux méthodes du community planning afin que l'urbanisme devienne un outil en partage, un chemin commun ? Comment traiterons-nous des ghettos urbains, des zones rurales isolées et de la fracture territoriale de l'est francilien ?
Voici quelques questions parmi tant d'autres qui mériteraient, entre tous les élus d'Ile-de-France, de toutes sensibilités, mais aussi entre tous les citoyens, un débat au fond, respectueux et pluraliste. Ce débat, nous sommes prêts à l'avoir, dans la majorité de gauche qui soutient Jean-Paul Huchon, avec tous. Encore attendons-nous de nos adversaires qu'ils aient des idées et non des slogans.
Guillaume Vuilletet, conseiller régional d'Ile de France