Les Echos" a écrit :L'histoire d'un chantier maudit... Douze ans après, le tunnel de Tende entre la France et l'Italie reprend du service
Cet ouvrage routier reliant les Alpes-Maritimes au Piémont rouvre ce vendredi. Commencés en 2013, les travaux ont tourné au fiasco.
Scandale judiciaire, épidémie de Covid, tempête Alex… Démarré en 2013, le chantier du tunnel de Tende, axe routier majeur reliant les Alpes-Maritimes au Piémont, en Italie, devait initialement se terminer en 2017 pour la première phase (la création d'un nouveau tube) et 2020 pour la seconde (la rénovation de l'ancien, datant du XIXe siècle), pour un budget prévu de 170 millions.
Ce n'est finalement que ce vendredi, et encore seulement pour la première partie du chantier (pour la seconde, celle de la rénovation, l'appel d'offres n'a pas encore été lancé) que les ministres des Transports des deux pays, Philippe Tabarot et Matteo Salvini, devaient couper le ruban du nouveau tunnel de Tende. Devant ce retard, Jean-Pierre Vassallo, le maire du village, dénonce un « chantier de la honte », ne manquant jamais de rappeler qu'en 1878, lors du creusement de ce tunnel, le plus long de son époque, il n'avait fallu que quatre ans pour venir à bout de trois kilomètres de montagne malgré les moyens dont on disposait alors.
Déboires multiples
A la décharge du maître d'ouvrage, la société publique italienne Anas (l'Italie et la France se partagent le tunnel et cofinancent les travaux, mais c'est l'Italie qui les effectue), les déboires ont été multiples. Le chantier a d'abord pris du retard en 2017 quand la société italienne Fincosit a vu son contrat résilié après la découverte du vol de 200 tonnes de matériaux et la mise en examen de seize personnes par la justice italienne. En 2020, le Covid est venu ralentir le creusement, avant que la tempête Alex, en octobre de la même année, ne coupe l'accès à l'ouvrage côté français, empêchant d'accéder à l'ancien tube qui fonctionnait alors en sens unique, en alternat.
41,65 % du coût des travaux sont à la charge de la France, un montant réparti à parts égales entre l'Etat, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et le département des Alpes-Maritimes. Président de ce dernier, Charles-Ange Ginésy (LR) ne cache pas sa « profonde incompréhension face à l'opacité et aux dérives qui ont jalonné ce chantier ». « Comment expliquer qu'un projet lancé il y a plus de dix ans, avec l'ambition d'un tunnel à double sens sécurisé, se solde aujourd'hui par une ouverture partielle, en alternat, pour un coût supérieur à celui initialement prévu ? », s'interroge l'élu.
« Nous sommes dans une situation paradoxale : après avoir déjà investi 254 millions d'euros, rien que pour le premier tunnel, on évoque maintenant une rallonge de 50 à 70 millions pour espérer terminer ce qui aurait dû être livré depuis longtemps », déplore-t-il. Cette route est la seule qui relie directement la Côte d'Azur au Piémont sans avoir à faire un long détour par Vintimille. Elle est vitale pour le tourisme local et les échanges économiques entre les deux pays. En 2024, la Péninsule était le troisième partenaire commercial de la France et l'Hexagone, le deuxième de l'Italie.
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