JMB a écrit :Il faut faire un peu de géographie physique. La vallée du Rhône est un lieu de passage obligé depuis l'antiquité (même si Hannibal a été se perdre tactiquement du côté du Mont Cenis). Si le poids démographique est aujourd'hui important, c'est bien parce que c'est un lieu d'échange fluvial, routier et ferroviaire avec les facilités qu'il procure et les nuisances associées. Autrement dit, si les entreprises et la population se sont installés là c'est bien pour bénéficier de moyens de transport performant.
L'A51 passerait dans une zone qui n'a jamais eu de vocation de transit, ni de tissu industriel comme sur la Maurienne à part quelques mines du côté de la Mure... Quand aux habitants, ils alimentent essentiellement une économie locale.
Le Triève est un espace magnifique et encore préservée à proximité du plateau du Vercors, du massif du Devoluy et du parc national des Ecrins. Avant de massacrer une fois de plus une vallée et rendre la zone aussi polluée que la vallée de Chamonix, ne serait-il plus sage d'exploiter correctement les infrastructures existantes? La vallée du Rhône, au delà des routes, c'est quand même 1 fleuve, 2 lignes électrifiées sur chaque rive (sans compter la LGV). Il va bien falloir un jour prendre les mêmes mesures courageuses et coercitives que nos voisins suisses en imposant le ferroutage.
A noter que l'A75 représente un itinéraire bis partiellement gratuit.
Enfin, il n'est même pas certain que l'A51 construite réponde à un objectif de délestage de la vallée du Rhône.
Il faudrait :
1) Ajouter le barreau A42 - A48 (Ambérieu - Bourgoin Jallieu) sinon une fois à Lyon quel intérêt de revenir sur Grenoble
2) Eviter un péage prohibitif type A65 (sans parler des contraintes de construction, je pense surtout au coût de l'entretien d'un axe en altitude)
3) Et espérer que le réchauffement climatique limitera la rigueur des hivers, le verglas et les chutes de neige. Pour avoir pratiqué l'A48 en hiver, je n'ai pas toujours été à la fête)
Bref après avoir longtemps été pour ce projet en tant qu'amoureux des autoroutes d'où mon attachement à SARA, j'ai fini par me faire une raison et conclure à mon sens et sans esprit polémique non seulement à son inutilité mais à sa nuisibilité.
Pas mal de tes argumentations se défendent et se comprennent.
Pour ma part, je reste "pro" A51 pour les raisons suivantes:
Volet économique
- effectivement même si la population stagne, la vallée de la Durance se développe. Idem côté Sud de Grenoble, et les échanges interdépartementaux se developpent, y compris pour les trajets domicile<>travail
- le tourisme hivernal comme estival, rend cette région attractive: le Verdon, les stations de ski du Queyras, Ecrins, Devoluy et du Haut Briançonnais
- la traversée de Gap reste toujours un point dur, voir noir. L'accès vers Serre Ponçon depuis la Saulce, pourrait être facilité
Les liaisons/axes autoroutiers
- axe lourd Nord/Sud. Côté Sud Est, nous avons l'A7, voir l'A75, reliant 2 régions poids lourds françaises RHA, et PACA, connectant des grandes agglomérations comme Lyon, Grenoble et Marseille, Toulon et Nice. A l'ouest, dans un relief moins contraint, nous avons l'A20, la N10 et l'A10. Il manquerait donc un axe, que ca soit l'ex A79, ou cette A51. Si le choix d'épargner l'Ardèche est un fait, que la mise à 2x5 voies de l'A7 ne solutionnerait pas à long terme le problème du trafic de la vallée du Rhône
- la saturation de l'A7, chargé d'Avril à Octobre toute l'année
- certes, la liaison Ambérieu/Bourgoin A48 manquante, mais par A6+A46+A43+A48 sud, la liaison existe
Les contraintes environnementales
Je n'ai pas regardé si les fuseaux probables traversaient des zones natura 2000 ou classés (comme chatouillant le périmètre du parc des Ecrins), mais c'est certain que les sites traversés sont magnifiques et font certainement objet d'un classement
Moi même, c'est mon coin favori, randonnant énormément dans le secteur Alpes du Sud. je reconnais que la nature est belle. Mais je considère aussi que cet axe autoroutier n'impacterait pas non plus tout le massif des écrins, tout en contournant celui du Dévoluy. L
Quel impact d'un axe autoroutier, niveau pollution, suivant le trafic enregistré, et celui d'une ville embouteillé comme Gap, enserré, avec des bouchons (moteurs au ralenti, démarrage incessant) impliquant, avec une seule voirie locale et non autoroutière, une pollution non négligeable?
L'autoroute est synonyme de pollution mais on n'a pas de chiffre, d'étude d'impact.
De plus, avec les véhicules électriques, qu'en sera-t-il de la pollution demain?
L'exemple de la vallée Blanche est biaisé, car regroupant un corridor assez urbanisé, ce qui n'est pas le cas des 2 cols à traverser.L'A40 n'est pas à elle seule, responsable de tous les mots.
Les 2 trajets possibles, via le Col Bayard, ou via le col de la Croix Lus: quels impacts sur l'environnement? Qualité des eaux en sortie de plateforme autoroutière? Paysage balafré par la plateforme autoroutière ou mis à discrétion? Impact bruit? traversée de la faune? Destruction d'espèces? Je pense qu'avant d'enterrer le projet sur simple fait écologique, des études doivent être engagées pour confirmer l'impact, ou le désavouer.
L'impact sur la qualité de vie des villages traversées, notamment durant la période estivale mais pas "que", Serre, Aspremont...
Les contraintes travaux et rentabilité du projet
Je ne comprends pas en premier lieu, l'abandon du contournement de Gap, soulageant la ville et permettant un accès direct vers la route de Briançon. Ceci dans un relief encore peu contraint. Si ce n'est un blocage, par peur de la suite. Si ce tronçon est construit, cela rendra d'autant plus nécessaire la suite.
Le cout du projet est prohibitif. On le sait, notamment à cause du Tunnel du Sautet. Effectivement, soit une grosse part est payé par les pouvoirs publics, ou le cout du péage explosera, rendant l'axe sous fréquenté. L'autre option consiste à passer ailleurs, quitte à laisser Gap dans l'impasse. Sans penser forcément au Col Bayard, qui implique aussi, de gros travaux de terrassements.
Ceci dit, l'A43 dans la vallée de la Maurienne a bien été réalisée, aussi dans un relief contraint. Et je ne suis pas convaincu que cet axe est plus fréquenté que l'A51
L'impact hivernal et son coût d'exploitation, est, il est vrai, à prendre en compte. Dans la lignée de l'A40, A43....
Je prends également le cas d'un autre exemple: le col du Brenner, et ses autoroutes italiennes et autrichiennes A22/A13. Axe fortement doté en viaduc, dans un environnement magnifique. L'axe a été réalisé, certes à péage coté Autrichien en plus de la vignette. Mais on a su faire.
Tout comme les mêmes problématiques, à savoir l'A75 et Millau. Ouvrage exceptionnel, soumis à péage, permettant de compléter l'axe sans finir sur un point de blocage financier
Ou encore, les 1,2 millards d'Euros débloqués pour la RN1 à la Réunion.
Le coût d'A51 apparait exhorbitant, mais finalement, aucun chiffre n'a été avancé, si ce n'est le tunnel du Sautet, évalué à 4 milliards d'Euros, ce qui apparait beaucoup pour 4 kms de tubes à 2x2 voies
Solutions alternatives
Le ferroutage n'éliminerait que le trafic camions. Je ne suis pas sur que l'A51 devienne un couloir à camions (tissu industriel faible, et liaison des pôles industriels Lyon/Marseille déjà assuré par l'A7)
L'aménagement de la D1075: ouvrages complexes, notamment à la descente de la Croix Lus côté Grenoble, impliquant viaducs et gros remblais. Déviation de ville comme Serre, rendu difficile par le contexte (gorges). Néanmoins, des aménagements dits de confort (rectification de virage, de largeur de plateforme) pourraient être envisagés, sans en fait un axe performant. L'aménagement de créneaux de dépassement risque de rendre cet axe accidentogène, plus encore qu'aujourd'hui. C'est déjà un peu le cas aujourd'hui.
L'aménagement de la RN85: le problème de Laffrey doit être contourné, rien que pour sa funeste descente, objet d'accidents mortels. Il faudrait un vrai shunt la Mure Sinard, mais cela implique des ouvrages d'art important. Mais de fait, permettrait de rabattre la RN85 sur A51 Nord.
Conclusion
Je reste optimiste quant à sa réalisation, malgré les embûches. Actuellement le contexte économique n'est pas favorable et l'écologie est maître mot. L'autoroute est en disgrace, clairement.
A moyen terme, les rejets de polluant viendront à la baisse, avec l'électrique. L'autoroute est décriée d'abord pour ses rejets polluants, plus que pour son impact paysager ou parcellaire.
A moyen terme aussi, les autres axes prioritaires auront été traités, et de fait, cet axe reviendra au premier plan.
Il manquerait une volontée politique locale, avec des budgets en face. Si l'on arrive à faire sans le tunnel du Sautet, le coût en serait réduit
Je pense que le contournement de Gap est l'élément clef, déclencheur. L'espérience A75 a été très parlante avec ce même exemple. Quand l'A75 s'arrêtait à Aumont Aubrac, peu de monde l'utilisait. Quand elle est arrivée aux portes de Millau, le trafic a explosé et le viaduc est devenu vital, une vitrine et une priorité absolue politique pour satisfaire les milliers d'usagers bloqués.
Faire sans? Oui, on pourrait, mais la situation n'ira pas en s'arrangeant.Les bouchons de la D1075 n'existaient pas il y a 15 ans, et sont de plus en plus nombreux
Bref, le temps, je pense, solutionnera les choses