Posté : mer. 21 janv. 2009 08:16
Une interview du Moniteur.fr sur la LGV Lyon-Turin
LGV Lyon Turin : le point avec Patrice Raulin, président de Lyon Turin Ferroviaire (LTF)
Propos recueillis par Laurence Francqueville, rédactrice en chef du Bulletin Européen du Moniteur
En quoi la fin de l'excavation de la descenderie de La Praz (2480 m) est-elle une étape importante dans les travaux de reconnaissance du futur tunnel franco-italien (*)?
L'achèvement d'une descenderie est toujours un évènement important car ces ouvrages sont techniquement complexes à réaliser. Ils permettent d'améliorer notre connaissance du terrain dans lequel sera creusé le tunnel de base, en divers endroits, et donc de mieux apprécier les techniques nécessaires, les délais et le coût des travaux futurs.
Après les descenderies de Villarodin-Bourget/Modane (4 000 m) fin 2007 et de La Praz ce mois-ci, quand sera terminée la troisième et dernière descenderie, celle de Saint-Martin la Porte ?
Cette 3ème descenderie sera achevée dans environ un an, début 2010. Il reste un peu plus de 200 m à creuser mais, contrairement à la Praz où les difficultés rencontrées en raison de venues d'eau importantes ont été maîtrisées dans les temps, le terrain pour réaliser la dernière descenderie nous a obligés à dévier le tracé prévu initialement.
Quel sera le rôle des descenderies une fois la phase d'études terminée?
Pour des raisons de sécurité et compte tenu du fait qu'il s'agit d'un tunnel bitube, il est nécessaire de disposer d'accès routiers vers l'extérieur tous les 10-12 km. Pour l'ensemble de la section, nous aurons donc, outre les deux accès situés aux extrémités, trois accès en France via ces descenderies et un côté italien via une galerie. Au-delà de leur rôle dans la reconnaissance des terrains en phase d'étude, ces ouvrages auront ensuite une double fonction : ils permettront d'acheminer le matériel et les tunneliers pendant la phase de travaux en différents points d'attaques intermédiaires. Puis, en phase d'exploitation, les descenderies serviront à la ventilation et à l'entretien du tunnel de base et à l'accès des secours et à l'évacuation.
Côté français, où en est-on concrètement aujourd'hui?
Le décret déclarant d'utilité publique les travaux entre St-Jean de Maurienne et la frontière franco-italienne a été signé fin 2007. Une enquête d'utilité publique complémentaire doit être menée en 2009 sur la commune de Villarodin-Bourget, qui se situe à hauteur de la tête la descenderie de Villarodin-Bourget/Modane. Et outre la réalisation des descenderies, les travaux de reconnaissance dont la maîtrise d'ouvrage nous a été confiée se poursuivront jusque 2012.
L'Italie a pris du retard et toutes les difficultés ne semblent pas tout à fait aplanies. Où en est-on exactement de l'autre côté des Alpes?
Mario Virano, le commissaire extraordinaire du gouvernement italien pour le projet et président de l'Observatoire Lyon-Turin, a réalisé un travail considérable depuis deux ans pour rétablir le dialogue avec les communes de la Vallée de Suse et proposer les bases d'un nouveau tracé italien. Le principe de ce tracé a été acté par le gouvernement de Silvio Berlusconi cet été. M. Virano vient d'être confirmé dans son poste avec pour mission d'aller plus loin, c'est-à -dire de parvenir à un avant-projet modifié. Par ailleurs le planning général notifié à la Commission européenne prévoit les démarrage des reconnaissances géologiques en Italie début 2010. Enfin les études techniques, juridiques, économiques et financières portant sur l'ensemble du projet ont été remises à la Conférence intergouvernementale (CIG).
Quelle est la prochaine grande échéance sur le plan bilatéral ?
La Commission européenne a accepté fin 2008 la demande conjointe de financement européen (672 millions d'euros) adressée à l'automne par les ministres chargés des Transports français et italien. Le dossier présenté fixait également le programme d'études jusqu'en 2013 et confirmait l'engagement des deux Etats pour un début de travaux avant fin 2013 et un achèvement en 2023. En 2009 doit être négocié un avenant au traité de Turin du 29 janvier 2001 qui établissait le mode opératoire jusqu'à l'avant-projet de référence. Cet avenant portera sur la phase de réalisation du projet proprement dit, approuvera le nouveau tracé italien, définira le montage juridique et financier, le coût du projet et son financement, le maître d'ouvrage et la politique de report modal que les deux gouvernements veulent développer dès à présent.
Le coût de la section transfrontalière du Lyon-Turin est évalué à 9 milliards d'euros. Sa réalisation en PPP n'est-elle pas compromise par la crise actuelle ?
Les nombreuses études que LTF a remises à la Commission intergouvernementale (CIG) recommandent effectivement un partenariat public-privé (PPP) dont les modalités restent à définir précisément et à valider par les deux gouvernements dans le cadre de cet avenant au traité. Mais la crise va probablement nous contraindre à actualiser les études de trafic et à trouver un nouvel équilibre pour monter ce projet hors norme en PPP.
Où s'arrête la mission de LTF?
LTF a été chargé par le traité de Turin de la maîtrise d'ouvrage de la partie commune de la ligne nouvelle, entre les deux raccordements au réseau historique, côté français à Saint-Jean-de Maurienne et côté italien dans la basse vallée de Suse, et ce pour ce qui concerne les études (jusqu'à l'avant-projet de référence) et les travaux de reconnaissance géologique. Notre objectif est d'accomplir cette mission dans le calendrier et le budget qui nous ont été fixés.
(*) Le Lyon-Turin est une liaison ferroviaire mixte (fret et voyageurs) et constitue un des maillons manquants les plus importants de deux corridors européens est-ouest et nord-sud. Le coût de la partie commune franco-italienne de la liaison Lyon-Turin est estimé à environ 9 milliards d'euros (euros constants, valeur 2007).
© Groupe Moniteur
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