Je voudrais surtout revenir sur un des mes messages écrit au cours de cette semaine, le 1er juin :
G.E. a écrit :Je le prends volontairement sous l'angle financier : par exemple, quand il emprunte, l'Etat français est noté "AAA" (désolé d'en revenir toujours là mais c'est comme ça que marche le système financier). Avec sa protection, la SNCF qui est pourtant très endettée bénéficie mécaniquement du "AAA". Si la garantie intégrale saute, les agences de notation ne vont pas hésiter à déclasser la SNCF et à lui faire payer plus cher ses emprunts, surtout en considérant les risques financiers (situation catastrophique du fret) et sociaux (les grèves engendrent chaque année des dizaines de millions de recettes perdues).
Regardez ce que l'on a appris pas plus tard qu'hier, le 4 juin :
La Tribune a écrit :L'agence de notation Standard & Poor's a abaissé la notation de l'opérateur ferroviaire. Elle estime que, avec l'ouverture du secteur à la concurrence, l'État pourra de moins en moins apporter son soutien financier à l'entreprise. Depuis le 24 septembre 2008, la note attribuée à la SNCF était assortie d'une perspective négative.
Rude semaine, décidément, pour la SNCF. Après les interrogations, mardi et mercredi, sur un éventuel changement de statut de l'entreprise publique, sous la pression de la Commission européenne, voilà que l'agence de notation Standard & Poor's (S&P) a décidé vendredi d'abaisser la note de crédit de la SNCF de AAA à AA+. L'entreprise présidée par Guillaume Pepy perd ainsi le fameux triple A, tellement prisé par les États et les entreprises, car il leur permet d'emprunter aux meilleurs taux possibles.
Double argument
Pour la SNCF, cette dégradation n'est pas une surprise complète. Depuis le 24 septembre 2008, la note attribuée à l'entreprise était assortie, en effet, d'une perspective négative, rappelle l'agence dans son communiqué. S&P s'appuie sur deux arguments pour justifier cette dégradation. « Nous pensons que le core business le plus profitable de la SNCF va peu à peu être exposé à la concurrence », écrit l'agence. « Nous pensons que les règles européennes pourraient faire peser des contraintes de plus en plus fortes sur tout soutien potentiel de l'État à la SNCF qui ne serait pas fondé sur une pure logique financière », ajoute-t-elle.
Pression de Bruxelles
En clair, Bruxelles sera de plus en plus réticent à accepter que le gouvernement apporte son soutien financier sans conditions à la SNCF. Ce qui ramène à la polémique du début de semaine sur le statut. Le reproche de Bruxelles était en effet que le statut d'Épic (établissement public à caractère industriel et commercial) de la SNCF avantage l'entreprise par rapport à ses concurrentes européennes. Si la Commission européenne se fait ainsi de plus en plus offensive contre Paris pour un tel changement de statut, comme elle l'avait fait voilà quelques années pour EDF ou La Poste, c'est que le transport ferroviaire s'ouvre de plus en plus à la concurrence.
En France, après le fret, le transport de voyageurs est ainsi ouvert, depuis le 13 décembre dernier, aux opérateurs étrangers. Une concurrence qui reste pour le moment plutôt théorique, puisque l'italien Trenitalia, qui devait être le premier à profiter de cette ouverture, n'a pas encore commencé à faire circuler ses trains en France.
Quelques millions d'euros
Concrètement, avec la dégradation de sa note, « la charge financière supplémentaire sera tout à fait faible pour la SNCF »», a affirmé à l'AFP David Azéma, le directeur général délégué chargé des finances et de la stratégie. « De l'ordre de quelques millions d'euros », selon lui.
Il n'empêche que c'est une mauvaise nouvelle de plus pour l'entreprise publique. Auditionné mercredi à l'Assemblée nationale, Guillaume Pepy avait reconnu que le trafic TGV, traditionnelle vache à lait du groupe, restait stable après une année 2009 en recul sensible (« La Tribune » du 3 juin). Il tablait toutefois sur une « amélioration sensible » en fin d'année. On ne peut que le souhaiter.
Comprenez bien la situation : pour le moment, la SNCF bénéficie d'une garantie intégrale de l'Etat donc le risque de défaut sur ses dettes est nul puisque l'Etat français est (encore) considéré comme totalement solvable. Avec l'ouverture à la concurrence, la dérèglementation du secteur et son inévitable changement de statut, les opérateurs financiers anticipent sur la fragilité future de la SNCF.
Heureusement pour elle, le surcoût lié à cette dégradation va se chiffrer cette année à seulement une dizaine de millions d'euros mais si elle continue à ne pas vouloir se réformer et à envoyer des mauvais signaux, la dégradation va se poursuivre, et ça me semble en tout cas inéluctable les 5 prochaines années. Ainsi, progressivement, la SNCF va être confrontée à des coûts d'emprunt qui traduiront son vrai risque financier et ça incitera peut-être à un changement de cap.
Il faut préciser que, contrairement à ce que on peut lire un peu partout, les agences de notation ne considèrent pas que des critères financiers dans leur notation (même s'ils représentent l'essentiel de la note). L'image de l'entreprise est capitale dans l'évaluation de ses perspectives et on peut dire que dans le cas présent il y a du boulot !