Sud-Ouest du 02/04/2010 a écrit :« Pourquoi pas un aéroport !»
Déjà traversée par l'autoroute A 10 et deux voies ferrées, la commune d'Ambarès-et-Lagrave sera la ville la plus impactée en France par le réseau à grande vitesse.
3,5 km de voies, de Vinci à RFF
Le tracé de la LGV à Ambarès traversera la commune du Sud-Ouest au Nord-Est, et c'est à Ambarès aussi que se trouvera la jonction entre la partie gérée par le concessionnaire et celle, d'agglomération, restant sous tutelle RFF. En arrivant de Tours, les 3,5 km de voies arriveront par les gravières limitrophes avant d'enjamber l'A 10 puis de s'intégrer progressivement le long de la ligne Bordeaux-Paris existante.
Sous la pression des associations notamment, la piste initiale d'un viaduc a été abandonnée au profit d'un « saut de mouton » moins brutal dans le paysage. Sans ouvrage particulier hormis celui-ci, le kilomètre de voie ambarésienne sera de 17 millions d'euros environ. « Des protections phoniques jalonneront la portion allant du Chêne-vert à la Gorp », assure Pascal Beugnon, responsable de l'intégration de la LGV dans le réseau existant. « Les conditions d'habitation de beaucoup de riverains devraient ainsi être meilleures qu'aujourd'hui. »
Si le trafic sera plus important, le TGV ne roulera pas plus vite sur Ambarès : s'il arrivera à 320 km/h, peu avant, il circulera sur la commune à 180 km/h maximum.
Le tracé de la LGV traversera la commune d'Ambarès et c'est sur la commune
également que se trouve déjà l'intersection des lignes Bordeaux-Nantes et
Bordeaux-Paris. (Photo Claude Petit)
L'Ambarésien cultive volontiers le recul et la décentration quand la question des transports s'invite au menu de la discussion. Bien obligé. Parlez-lui cheminements doux, il a le sourire jaune pâle. À l'est de sa commune, file l'A 10 et son chatoyant trafic de dizaines de milliers de véhicules quotidiens. Plus au cœur de son territoire, Ambarès est traversée par les rails de la Bordeaux-Nantes et ceux de la Bordeaux-Paris qui sort de la commune au Nord-Est aujourd'hui pour rallier Libourne. On lui avance le bourg relativement préservé, le poumon vert au Nord… Il nous rappelle les industries à l'Ouest près du port. Ronchon, le gars.
En 2011, le groupe emmené par Vinci, tout récemment choisi par Réseau Ferré de France (RFF), démarrera les travaux de la Ligne à grande vitesse (LGV) qui reliera Tours à Bordeaux. En passant par Ambarès. « Il ne nous manque plus qu'un aéroport ! », tonne un riverain du quartier de Lagrave, excentré du bourg mais à la confluence autoroutière et ferroviaire.
51 bâtiments détruits
« De tout le réseau à grande vitesse en France, c'est effectivement le centre-ville le plus impacté », confirme-t-on à la direction régionale de RFF. Le critère principal : le nombre de bâtiments appelés à être détruits : 51 sur les 3,5 km du tracé ambarésien (lire par ailleurs). Quarante maisons, trois locaux d'entreprises et huit enseignes d'artisans ou commerçants, essentiellement sur le quartier de la Gorp.
« Des négociations ont été engagées avec chacun des propriétaires, afin de les dédommager convenablement, se basant sur les estimations du service des Domaines », rappelle Armand Thomas, responsable du pôle foncier au projet Sud-Europe Atlantique. « De ces démarches, on n'aboutira sur Ambarès qu'à deux procédures d'expropriation, concernant des particuliers. »
Des trois entreprises, le négociant viticole Bouey sera la seule à rester sur la commune mais c'est aussi la plus importante avec une cinquantaine d'employés. En décembre dernier, ils ont emménagé dans les nouveaux locaux trouvés à quelques kilomètres. « Cela a été un grand soulagement de trouver une solution si proche », soupire encore Michel Héritié, le maire socialiste d'Ambarès depuis 2004. Les deux autres seront transférées à Macau et à Saint-Loubès.
Compensations
Géographiquement, la commune est difficilement contournable à partir du moment où l'on a fait le choix du passage de la LGV par la gare bordelaise Saint-Jean et non pas d'une nouvelle halte en bordure d'agglomération. « Nous payons déjà un lourd tribut en matière de transports, je compte bien obtenir des compensations à la hauteur des efforts des Ambarésiens », insiste Michel Héritié qui vient de voir naître sur sa commune une section des Verts, opposés à la LGV.
L'élu souhaite notamment la mise en place de deux haltes TER sur les deux voies ferrées existantes au niveau de la Gorp et Lagrave, et un véritable cadencement pour un « TER qui soit un RER ». Autres revendications : la restructuration de deux quartiers (la Gorp et le Chêne-vert), et deux franchissements à redimensionner. RFF, la SNCF, CUB, les Conseils général et régional sont sollicités.
Mobilisées depuis plus de dix ans, les associations de riverains ont fait preuve de fatalisme (« on n'y coupera pas ») dynamité de vigilance musclée (« il s'agit d'obtenir le maximum de protections »). L'été dernier, l'inquiétude est montée d'un sacré cran, lorsque le Conseil régional s'est voulu souple avec l'État, abandonnant les clauses de conditionnalité sur les protections phoniques en échange d'un calendrier plus prompt enclenché par l'État.
« Nous n'avons pas eu une seule réunion avec RFF depuis un an et demi », râlent Pierre Carreau et Michel Moreau, les présidents des associations de défense des quartiers de Lagrave (Assodef) et des intérêts des riverains (Aadir), soutenus par une troisième, Sabarèges. « La mairie semble négocier seule. Il faudra encore compter avec nous, notamment pendant le chantier. »
YANNICK DELNESTE