Posté : sam. 13 janv. 2007 14:44
Sud Ouest du 13/01/07 a écrit :Nouveauté à l'ouest, réflexion au nord
GRAND CONTOURNEMENT. Les services de l'Etat bénéficient de temps pour peaufiner le projet. Du côté des opposants la question reste entière quant à la pertinence d'un tel ouvrage.
Le projet du grand contournement autoroutier de Bodeaux sera mené à terme. Dans le courrier transmis par le ministre de l'Equipement au préfet Francis Idrac (notre édition d'hier), on s'aperçoit qu'il n'est nulle part question d'un éventuel retour en arrière. Juste d'un coup de frein avant d'accélérer à nouveau (1). Explication de texte.
1 Plus de mystère à l'ouest Entre Arsac et l'A 63, le ministre a officiellement retenu le lieu de passage. Dans le cadre de l'étude de l'avant-projet sommaire (APS), il demande au préfet de réduire la bande d'étude à 300 mètres afin d'y tracer en phase finale le couloir de 50 nécessaire pour réaliser l'autoroute. Entre la D 1215E1 (Bordeaux-Soulac) et la D 6 (route de Salaunes), cette bande restera un moment en pointillés, le temps de régler le problème des variantes nord. Entre la D 6 et les Landes, l'autoroute descendra plein sud, passera entre le camp de Souge et le centre d'achèvement et d'essais des propulseurs de Saint-Jean-d'Illac, franchira la D 106 à l'ouest du Las puis coupera la commune de Marcheprime en deux entre le bourg et la Croix-d'Hins. Le raccordement avec l'A 63 se fera au niveau de l'aire de repos des Gargails.
2 Au nord reprise des études Le ministre retarde sa décision sur les variantes nord : un tracé s'appuyant sur la presqu'île d'Ambès, un autre passant au niveau de Blaye. Compte tenu des difficultés, il demande au préfet Idrac de poursuivre études et concertation. Il souhaite que « le choix entre les deux options au nord procède d'une analyse des enjeux de développement durable et repose sur l'évaluation affinée des impacts sur l'habitat, les vignobles et l'environnement, en particulier les zones de forte sensibilité écologique, à commencer par celles classées Natura 2000 et celles abritant des espèces protégées, des coûts prévisionnels de chacune des variantes, notamment deux des ouvrages d'art exceptionnels. » On n'est pas loin ici d'un retour à zéro.
3 Deux échangeurs envisagés rive gauche Les rives gauches de la Garonne et de la Gironde seront desservies « au plus », selon le ministère, par deux échangeurs. Un premier sur la D 1215E1 (Bordeaux-Soulac) à hauteur de la 2x2 voies dite d'Arsac pour desservir le Médoc; un second sur la D 213 pour desservir la zone aéroportuaire via la déviation de Martignas-sur-Jalles.
Rive droite, tout dépendra du tracé retenu. Si le tracé passe au nord, un échangeur sera obligatoirement nécessaire à hauteur de l'autoroute A 10 pour capter le trafic camions.
4 Camions : un passage obligé Le ministre semble clair. Ce contournement devra absorber tout le trafic poids lourd en transit. Les études d'APS devront intégrer le système d'exploitation retenu et présente les mesures prévues pour obliger les camions à emprunter la nouvelle voie. Elles devront présenter les dispositions d'exploitation à prévoir en conséquence sur la rocade de Bordeaux.
5 La grande crainte de l'étalement urbain Pour l'éviter, le ministère recommande d'engager les collectivités locales à élaborer des schémas de cohérence territoriale (SCOT) prenant en compte cette problématique. Ce dispositif empêche les constructions nouvelles et permet de conserver les zones vertes. En l'absence de telles dispositions, le ministère indique qu'il pourrait être amené à revoir l'autorisation de créer les échangeurs prévus. Autre exigence sans condition : réfléchir et fournir une étude sur la possibilité de créer une voie ferrée parallèlement à ce contournement autoroutier.
6 Calendrier : deux ans pour l'APS Pour les études variantes nord, aucun délai n'est donné. Les services de l'Equipement devront aller assez vite car le dossier devra repasser par Paris pour approbation. Avec les élections prochaines, tout ne sera probablement pas réglé avant l'automne. Puis, la DDE poursuivra l'étude de l'avant-projet sommaire (bande de 300 mètres, etc.), l'APS accompagné de la maquette du dossier d'enquête publique devant être livré avant la fin de 2008. Dans le meilleur des cas, l'autoroute ne verra pas le jour avant 2015.
(1) Il est possible de voir l'intégralité du courrier du ministre sur notre site Internet : www.sudouest.com
Marcheprime : Le maire déterre la hache de guerre
« Ils se moquent du monde, je déterre la hache de guerre ! Je trouve les méthodes employées par l'Etat déplorables et en aucun cas dignes d'une démocratie. »
Serge Baudy, le maire de Marcheprime ne mâche pas ses mots. Pour cause : l'autoroute va couper sa commune en deux. « Chez nous, la DDE n'a même pas besoin de déterminer la bande de 300 mètres » ironise-t-il. « A un mètre près, elle sait précisément où l'autoroute passera. Entre la dernière maison de Marcheprime et la première de la Croix-d'Hins. Une portion de route de 1 600 mètres. L'autoroute passera donc pile-poil à mi-parcours, soit à 800 mètres des habitations plantées de part et d'autres. Ce sera catastrophique. Notamment pour les habitants de la Croix-d'Hins (environ 600). Avec les vents dominants, ces derniers subiront toutes les nuisances sonores et autres. Un vrai scandale car ce sont encore les plus forts qui ont gagné. On a préféré faire passer la route au milieu des maisons de particuliers plutôt que de la faire glisser au milieu de terres plantées de maïs et appartenant à des propriétaires puissants et influents. »
« C'est profondément aussi se moquer des élus. Nous sommes plus de 60 aujourd'hui à contester ce contournement et à demander le retrait du projet. Non seulement on ne prend pas en considération notre point de vue mais on nous la boucle en nous imposant le pire. »
Que faire pour limiter la casse ? Un passage en souterrain, peut-être ? « Non ! Nous refuserons cette route jusqu'au bout et nous allons vite le leur faire savoir. »
Coordinations : « Le ministre ne nous a pas écoutés »
Les opposants au grand contournement ne sont pas contents du tout. « Pour le ministre, créer le grand contournement est acquis puisqu'il propose la poursuite des études, pour nous ça ne l'est toujours pas ! Ca fait des mois que nous nous battons pour dire que ce contournement est inutile et qu'il y a d'autres solutions pour faire face au "tout camion". Notre point de vue n'a pas changé. Nous allons donc employer tous les grands moyens qui nous restent (des recours en justice notamment) pour faire annuler les décisions prises jusque-là et stopper net la machine », confie Christian Baqué, du collectif des élus municipaux et de la coordination Haute Gironde.
Autant dire que les opposants refuseront de participer à la concertation promise. Ils ne veulent pas du tracé 4 bis comme d'un 4 ter ou d'un autre encore. « Ce n'est pas une concertation sur tel ou tel lieu de passage possible que nous voulons », note Daniel Bas de la coordination rive droite. « Nous réclamons l'ouverture d'un vrai débat public sur la nécessité de créer ou non ce contournement, le premier débat organisé en 2003 ayant été tronqué puisque jamais mené à terme. Nous voudrions bien qu'Alain Juppé nous aide sur ce point. Mais c'est curieux : nous cherchons à le contacter, il ne répond pas. »
« Le ministre ne tient pas du tout compte de l'avis des citoyens et des élus » constate, tout aussi amer, Alain Blanc de la coordination Rive gauche. « Il ne fait qu'entériner les arguments avancés par Francis Idrac, arguments que nous contestons depuis le début. Nous allons donc reprendre nos actions. Comme le préfet a été vraiment gentil avec nous, nous avons bien envie d'aller lui présenter nos voeux en début de semaine prochaine. »
Urgence
Durant l'été 99, Philippe Madrelle et Alain Juppé se fendaient d'une grande déclaration commune à laquelle ils conviaient au dernier moment Alain Rousset, pour clamer haut et fort l'urgence d'établir un grand coutournement autoroutier de Bordeaux. Quatre ans plus tard, en 2003, le grand débat public était interrompu avec fracas par un comité interministériel confirmant cette urgence et choisissant de passer par l'ouest.
A la veille d'une année électorale intense, Philippe Madrelle et Alain Juppé, avec des dialectiques propres, sont une nouvelle fois tombés d'accord pour affirmer qu'il n'y avait plus urgence. Le premier en appelant à la reprise d'un vrai débat. Le second se référant aux petits oiseaux. Il convient de noter que seul Alain Rousset sait garder la tête froide face aux urnes qui s'amoncellent sur la chaussée.
Philippe Madrelle et Alain Juppé, plutôt que de tourner autour du contournement et des arguments, auraient aussi bien pu nous dire qu'un tel projet ne pouvait être conduit sereinement avec trois échéances électorales dans l'année. On les aurait compris. Diriger, c'est aussi savoir faire une pause. Et considérer l'électeur, c'est le lui dire.
Jean-Paul Vigneaud & Dominique de Laage