Du rififi au sommet de l'Etat :
Blanc s'emporte contre Fillon et sa vision du Grand Paris
Par Matthieu Deprieck, Kévin Deniau, publié le 30/09/2009
Le discret secrétaire d'Etat chargé du Développement de la région capitale a adressé une violente lettre à son ministre de tutelle, François Fillon, pour lui reprocher d'avoir amendé "son" projet de loi sans concertation. Explications.
Fait rare dans la vie politique, un membre du gouvernement attaque sévèrement le Premier ministre. Christian Blanc, secrétaire d'Etat en charge du Grand Paris, a adressé une lettre au vitriol pour manifester son profond désaccord avec lui sur le projet de loi final du Grand Paris.
En charge de ce dossier depuis mars 2008, Blanc avait élaboré un projet de loi censé passer devant le conseil des ministres le 7 octobre prochain. Mais les choses se sont gâtées ces dernières semaines, les élus locaux montant au front pour condamner un texte qui négligeait la concertation avec les collectivités.
Concrètement, Blanc voulait créer une Société du Grand Paris, pilotée par l'Etat, et capable de préempter les terrains situés dans un rayon de 1500m autour des futures gares franciliennes. La gauche locale s'était déclarée outrée de perdre tout pouvoir sur ses propres communes.
Blanc s'oppose à la transmission au Conseil d'Etat du texte amendé par Fillon
Face à cette fronde, François Fillon avait décidé de reprendre le dossier en main. Et depuis, les liens avec Blanc s'étaient considérablement distendus, aux dires d'élus proches du dossier.
Yves Jégo, député UMP, "avait le sentiment depuis plusieurs semaines qu'il y avait des divergences de vue. Je trouve que cela relève d'une querelle de personnes, voire d'ambitions. Monsieur Fillon a des ambitions sur l'Ile de France non? (des rumeurs en font un candidat à la mairie de Paris, ndlr)."
L'apogée de ce mano a mano est finalement intervenu lundi dernier. Ce jour, Blanc écrit une lettre à Fillon pour lui faire part de sa "grande surprise" à la découverte "du texte transmis au Conseil d'Etat"
Le secrétaire d'Etat explique que ce document s'écarte "de façon très substantielle des conclusions de la réunion interministérielle du 25 septembre et introduit même dans le texte des dispositions -jamais discutées- portant atteinte à l'économie générale du projet de loi au point de risquer de le rendre incohérent avec toute l'action (qu'il a) conduite depuis dix-huit mois".
Blanc ne démissionnera pas
Le reste de la lettre adressée à Matignon est tout aussi corsé: "J'estime que le document (que j'ai) transmis à votre cabinet (...) est le seul document qui puisse être transmis au Conseil d'Etat (...) Je vous demanderais de surseoir à la transmission au Conseil du document amendé par votre cabinet sous sa seule responsabilité."
Dans la foulée de la révélation de cette lettre par l'AFP, Matignon a répondu. Tout aussi sèchement. "Le texte qui a été transmis au Conseil d'Etat est celui qui a été arbitré par le Premier ministre. C'est la règle", a indiqué l'entourage de Fillon à l'Agence France Presse.
François Fillon a immédiatement appelé son secrétaire d'Etat, a ajouté cette même source, sans autre précision sur la teneur de leur conversation.
Le cabinet de Christian blanc a, lui, exclu toute démission du secrétaire d'Etat.
En toute logique, le projet de loi (la version Fillon donc) doit passer en conseil des ministres le 7 octobre, en stipulant notamment que le futur réseau de transport sera "établi après concertation avec les collectivités territoriales".
A quelques jours de cette date fatidique, l'ambiance est électrique. A tel point que plusieurs élus, contactés par LEXPRESS.fr avant même la révélation de cette lettre, jugeaient que le texte ne passerait pas avant le 14 devant le gouvernement.
source
Sur le Grand Paris, Christian Blanc est seul contre tous
Par Matthieu Deprieck, Jacques Trentesaux, publié le 01/10/2009
Le secrétaire d'Etat en charge du Grand Paris s'est accroché avec François Fillon, son ministre de tutelle. Selon lui, Matignon a modifié son projet de loi sans le prévenir. Depuis la révélation de cet incident, les prises de position vont toutes dans le sens du Premier ministre.
Christian Blanc est désormais fixé. Dans la bataille du Grand Paris, le secrétaire d'Etat, en charge du développement de la région capitale, peut compter sur lui-même, et... c'est à peu près tout. Seul au monde, il l'était déjà plus ou moins ces dernières semaines. La différence, c'est qu'aujourd'hui, cette marginalisation s'est étalée sur la place publique, depuis que l'AFP a révélé la violente prise de bec qui l'a opposé à son ministre de tutelle, François Fillon.
Lundi dernier, Christian Blanc prend la plume pour protester contre les amendements apportés par Matignon sur le projet de loi Grand Paris. Selon le secrétaire d'Etat, il n'a jamais été mis au courant de ces modifications, alors qu'il travaille sur le sujet depuis sa nomination en mars 2008.
Il explique que ce document s'écarte "de façon très substantielle des conclusions de la réunion interministérielle du 25 septembre et introduit même dans le texte des dispositions -jamais discutées- portant atteinte à l'économie générale du projet de loi au point de risquer de le rendre incohérent avec toute l'action (qu'il a) conduite depuis dix-huit mois".
Un énième changement dans le projet de loi que rejette Blanc
Dans la foulée de la révélation de cette lettre par l'AFP, Matignon a répondu. Tout aussi sèchement. "Le texte qui a été transmis au Conseil d'Etat est celui qui a été arbitré par le Premier ministre. C'est la règle".
Sur quoi porte ces divergences? Principalement sur une disposition: la création d'une Société du Grand Paris. Dans l'esprit de Christian Blanc, celle-ci devait être pilotée par l'Etat et gérer l'urbanisme, à la place des maires, dans un rayon de 1500m autour des futures gares franciliennes.
Les élus locaux, de gauche, mais aussi de droite, ont hurlé à "l'expropriation" et au manque de concertation. En septembre, l'opposition s'est muée en une véritable colère. Si bien que François Fillon a commencé à revenir dans le jeu, et à promettre que le projet de loi tiendrait compte de cette nécessité de dialogue.
Du coup, le texte a subi un nouveau toilettage. Il stipule désormais que "le schéma d'ensemble des infrastructures qui composeront le réseau de transport public du Grand Paris est établi après concertation avec les collectivités territoriales concernées". La relation entre la Société du Grand Paris et les élus locaux seraient ainsi contractualisée.
Jean-Yves Le Bouillonnec, député-maire PS de Cachan et président de Paris Métropole, ne voit dans cette nouvelle version qu'une légère avancée: "Nous n'avons que des bribes d'informations. Paris Métropole n'a pas reçu de version officielle du texte depuis la fin août. Ce que nous comprenons, c'est qu'il y aura une contractualisation du rôle de la Société du Grand Paris sur le territoire de nos communes. Mais rien n'est dit sur l'éventualité qu'une collectivité ne parvienne pas à s'entendre avec cette Société". Visiblement, dans un tel cas, l'Etat imposerait ses vues à la commune récalcitrante.
Blanc critiqué par son propre camp
Cette annonce s'inscrit dans un changement d'attitude que veut afficher Christian Blanc. Le 28 septembre, il annonçait également que les présidents des Conseils généraux siègeraient au conseil de surveillance de la Société.
Mais, Jean-Yves Le Bouillonnec n'est pas dupe: "Christian Blanc avait tenté de s'approprier la contractualisation lors de la dernière réunion de Paris Métropole à Neuilly. Mais, je ne suis pas sûr que l'idée venait vraiment de lui", explique-t-il, poursuivant: "Il discute à tout-va, certes. Mais il ne semble pas tenir compte de nos revendications".
Que la gauche critique le manque d'écoute d'un secrétaire d'Etat de droite, quoi de plus normal. Les choses se gâtent, lorsque les attaques viennent de l'UMP même. En soutenant publiquement la vision de Fillon, la candidate en Ile-de-France, Valérie Pécresse montre son opposition à Christian Blanc. De la même façon, lorsque Yves Jégo, interrogé par LEXPRESS.fr, s'attaque à François Fillon, c'est moins pour défendre Christian Blanc, que pour régler ses comptes à un Premier ministre, qu'il tient pour responsable de son éviction lors du dernier remaniement.
"Je trouve que tout cela relève d'une querelle de personnes, voire d'ambitions. (des rumeurs font de François Fillon un candidat à la mairie de Paris en 2014, ndlr) Que le capitaine lâche un de ses joueurs, je trouve cela un peu facile", explique l'ancien secrétaire d'Etat à l'Outre-mer.
Attaqué par les élus locaux, mis en difficulté par son propre camp, et même vilipendé par un membre de son entourage: "Christian Blanc a l'impression d'avoir consulté parce qu'il a échangé 1h30 avec les élus. Cela ne suffit pas. Il y a une dimension politique qui lui échappe."
Et puisqu'une mauvaise nouvelle n'arrive jamais seule, Gilles Carrez, chargé de collecter les 35 milliards d'euros nécessaires au plan transports du Grand Paris, a rendu son rapport. Dans ses conclusions, il explique qu'il faudra repousser certains chantiers, faute de financement. Principale victime: le projet de Christian Blanc dont seule la moitié sera d'abord réalisé.
Et qui s'est félicité de cette décision? François Fillon, bien sûr.
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