Sud Ouest a écrit :Future A63 entre Gironde et Landes : l'inquiétude des riverains
La mise à 2 x 3 voies de la RN 10 entre Salles (33) et Saint-Geours-de-Maremne (40) effraie les riverains. Le concessionnaire essaie de trouver des solutions.

La première tranche de travaux se terminera en juin 2013. (Nicolas Le Lievre )
«Nous avons fondé notre association de défense du village de Liposthey en octobre 2011, lorsque nous nous sommes rendu compte que les travaux de mise aux normes de l'échangeur sur la future A 63 allaient avoir un gros impact sur nos terrains et que nous serions expropriés », explique Patrick Lepoutre, le président. Plutôt remonté contre ce projet, il présente les doléances de propriétaires estimant que le prix proposé pour leurs terrains est trop faible, de riverains inquiets des nuisances sonores et d'usagers qui empruntent quotidiennement la RN 10 pour se rendre au travail en Sud-Gironde ou dans l'agglomération bordelaise. « Ma belle-fille travaille à temps partiel à Arcachon. Lorsque le péage sera installé entre Liposthey et Saugnac-et-Muret son budget transport deviendra trop lourd. »
Patrice Dessiaume, directeur général d'Atlandes, la société concessionnaire qui doit aménager et exploiter la section de l'autoroute A 63 entre Salles et Saint-Geours-de-Maremne, s'étonne d'entendre à nouveau le même discours. Le principe retenu - dès la déclaration d'utilité publique (DUP) en 2008 - de l'implantation de deux barrières de péage en pleine voie est un système original qui assure la gratuité aux riverains landais tout en s'imposant au trafic captif sur l'axe Bordeaux-Bayonne. Un système qui pénalise (1) toutefois les habitants les plus proches des péages lorsqu'ils doivent les franchir pour partir au travail. « Pour ces personnes, nous mettrons en place des abonnements avec des réductions significatives car ce serait une aberration de les voir circuler sur des itinéraires de substitution. » Un engagement spécifié lors de réunions publiques organisées au printemps dernier dans les 17 communes riveraines.
Respecter les règles
En matière d'expropriations, Atlandes est tenu de respecter les règles strictes d'une procédure très encadrée et régie par un code. « Nous achetons les terrains pour le compte de l'État qui restera propriétaire à l'issue de la concession. Et nous lui payons une redevance domaniale pour le droit d'usage du foncier que nous utilisons. Dans le cadre de la DUP, la vente s'impose aux propriétaires. La seule chose qu'il puisse contester c'est le prix. À l'issue d'une enquête parcellaire, le préfet prend un arrêté de cessibilité pour déclencher les procédures d'achat », précise Patrice Dessiaume.
Les estimations sont réalisées par le service des Domaines qui, grâce à ses relations avec les chambres notariales, détermine avec justesse les prix du marché. « Il est possible de négocier les offres mais nous ne devons pas fausser les prix du marché foncier. À l'issue des transactions, le service des Domaines les vérifiera toutes. » En cas de litige, le propriétaire peut saisir le juge des expropriations qui en règle générale suit les estimations du service des Domaines.
Trouver des solutions
Les besoins en foncier de la future A 63 sont plutôt modestes : 100 hectares au maximum. Patrice Dessiaume explique l'émoi de certains propriétaires par un malentendu. « La DUP pose explicitement que l'élargissement à 2 x 3 voies se fera par l'intérieur mais aussi que l'on devra réaliser tous les équipements annexes et dans ce cas l'emprise actuelle n'est pas toujours suffisante. Beaucoup pensaient qu'il n'y aurait pas besoins de nouveaux terrains et donc d'exproprier. » Cela concerne tous les bassins de collecte des eaux pluviales - 50 sur l'ensemble du trajet - l'implantation de murs antibruit ou des aménagements pour la sécurité des accès.
À Liposthey, la situation hydrologique spécifique rendait nécessaire la création de plusieurs réservoirs. Il fallait aussi revoir la bretelle de sortie en direction du nord, en plus de l'implantation de deux giratoires. Un premier tracé s'imposait comme un impératif de sécurité avec un besoin important de foncier.
« Cela supprimait le parking du routier (l'auberge de la Poste, NDLR) mettait en péril son activité et sept emplois. Tout le monde s'en est ému. Avec les élus locaux et le Conseil général, nous nous sommes battus pour obtenir une dérogation pour conserver le tracé initial de la sortie en boucle et ainsi toucher le moins possible au parking », confie Patrice Dessiaume.
« Seuls 200 m² seront nécessaires pour réaliser les travaux et sans incidences sur le commerce », confirme la propriétaire, Isabelle Ruiz. « Nous avons essayé de trouver des solutions qui arrangent tout le monde. Généralement les projets autoroutiers sont mal perçus. Ici l'objectif est d'améliorer une infrastructure existante dans les domaines de la sécurité et de l'environnement, comme les conditions de circulation des particuliers et des poids lourds. Le seul inconvénient c'est le péage, mais c'est aussi le seul moyen de financer ces travaux », conclut-il.
(1) Avec un tarif estimé autour de 3,5 € au passage du péage, le coût des allers- retours quotidiens reviendrait à plus de 140 euros par mois.
Il faudra relever trois ponts
L'élargissement de la RN 10 à 2 x 3 voies va nécessiter des opérations plutôt inédites sur les 3 ouvrages des échangeurs de Saugnac-et-Muret (n°18), Liposthey (n°17) et Labouheyre (n°16). Il faudra relever de 20 à 25 cm les tabliers des passages supérieurs pour pouvoir atteindre, sous l'ouvrage au milieu du pont, la hauteur réglementaire de 4,75 mètres - gabarit autoroutier - et à laquelle on ajoute 10 à 15 cm par sécurité.
L'explication ? Les autoroutes sont toujours construites en légère pente transversale de 2,5 % de façon à permettre l'évacuation des eaux pluviales sur les côtés. Lorsque l'on ajoute 2 voies au milieu de l'autoroute, la chaussée se trouve plus haute - sur 10 mètres on gagne 25 cm - et l'espace sous le pont s'en trouve diminué d'autant.
L'opération très délicate et technique consiste à placer des vérins au niveau des piles et des culées qui soutiennent le tablier pour le faire remonter, puis à poser des cales métalliques ou des dés de béton, selon les cas. Le relevage doit être synchronisé et uniforme. Il faudra ensuite procéder aux raccordements à l'ancienne chaussée.
Si l'opération s'effectuera sous circulation sur la voie inférieure (A 63), l'axe de la voie supérieure (route départementale) sera totalement fermée. Des travaux qui prendront de 2 semaines à 1 mois selon la complexité des aménagements. Le calendrier n'est pas encore arrêté, en attente de la concertation avec les collectivités locales. Seule certitude, ils interviendront d'ici juin 2013.