Ben, on peut aussi dire que c'est une série de truismes ...
Cette politique a été conçue sans référence aux finances publiques. S'interroger sur ce que ce report modal allait coûter c'était afficher une méprisable « vision comptable ». Les gens d'en haut s'attachent à la qualité de la vie ou à l'avenir de la planète, pas à l'intendance.
C'est un brin facile, de dire qu'on n'y regarde pas à la dépense... Oui, il faut être clair, les transports en commun (qu'il s'agisse du rail, du bus, etc.) ne créent qu'un report modal
faible. A l'échelle d'une agglomération, quand les transports doux arrachent 1% à la route, on applaudit déjà des deux mains. La grande ère où le TGV pouvait bousiller l'avion sur Paris-Lyon ou Paris-Lille est maintenant terminée : l'équilibre rail/air sur Paris-Nice ne sera sans doute jamais atteint, alors que dans le même temps les sommes à investir suivent une courbe exponentielle (d'où la faible probabilité que la LGV PACA soit réalisée - du moins dans des délais raisonnables). Tout cela est connu, chiffré, mesuré avec bien plus de soin qu'il y a 30 ou 40 ans. Et effectivement, pour une voiture en moins, on sait qu'on dépense des fortunes, mais on ne le clame pas haut et fort. Ca fait des années qu'on le sait, que les LGV sont infinaçables au rythme promis : on s'en est simplement rendu compte avec la crise, mais c'est le cas depuis le début des années 90, on nous rappelle souvent le fameux schéma directeur de '92 ... Qui par contre pour rappeler l'envolée faramineuse des transports collectifs à Paris ou dans les grandes villes de province ? Je pense ne pas me tromper en disant que de tous les pays d'Europe, c'est en France que l'on a construit le plus de kilomètres de lignes de tramway. Avec des résultats clairs : certaines villes comme Strasbourg affichent, sur cette période, des reports modaux dépassant les 10%. Pour quel coût ? On ne le saura jamais. Et quel aurait été le coût d'une solution au fil de l'eau ? On ne le saura jamais non plus. En attendant, à l'heure actuelle, la qualité de vie est bien là.
Notre politique des transports a en effet un coût pour nos finances publiques. Deux chiffres le résument. D'un côté, le transport routier représente pour les budgets publics un gain net d'environ 20 milliards d'euros chaque année (les taxes spécifiques s'élèvent à 36 milliards, les dépenses publiques pour les routes à 16 milliards). D'un autre côté, le transport ferroviaire et le transport public urbain ont pour les finances publiques un coût net d'environ 17 milliards (les transports publics locaux sont subventionnés à hauteur de 70 % et le train l'est à hauteur d'environ 50 % - les seuls salaires de la SNCF sont du même ordre de grandeur que les paiements des usagers).
Voilà un calcul de braves : dépensons moitié moins dans les transports publics, est-ce que nous gagnerions pour autant plus d'argent avec la route ? Ben non. Quid de la pollution atmosphérique, de l'étalement urbain, du coût de plus en plus ahurissant des infrastructures routières en milieu urbain - là où précisément se situe la mine d'or des TCSP ? Qu'est-ce que c'est, ce gain net du transport routier : les péages, la TIPP, les parcmètres, toute l'économie directe et indirecte autour de l'automobile avec les très nombreux emplois que ça suppose. D'accord. Mais à côté de ça un papier sérieux comme les Echos ne peut pas ignorer que notre déficit (encore un, tiens) commercial est perpétuellement plombé par nos importations de carburants, qui permettent de financer dans la bonne humeur les folies de quelque cheikh ou émir du Moyen-Orient. Et par ailleurs, c'est une chance qu'il soit absolument impossible de chiffrer le coût de notre mode de vie, notre civilisation, qui est celle de l'homme motorisée, par rapport à une autre où prédomineraient les villes denses, compactes, et où les transports en commun prédomineraient. On a passé je ne sais combien de décennies sans chercher à s'interroger sur ce que coûtait la desserte commerciale, routière, énergétique, téléphonique, l'assainissement, le ramassage scolaire, le ramassage d'ordures, etc, etc, du pavillon Bidochon sis en milieu périurbain d'une grande ville, le ménage Bidochon ayant fait le choix de s'installer là bas grâce à la Rono 5 que Robert bichonne.
J'ai passé mon vendredi matin en compagnie du commissaire-enquêteur pour l'EP du tramway de Tours ; on a eu une brave dame de 85 ans qui est venue nous dire que le tram était une aberration, puisque dans 5 ans tout le monde pourra avoir des voitures électriques. Très bien, on aura avec un peu de chance réglé le problème de l'émission des GES. Qu'on aura échangé pour celui des batteries ion-lithium, avec toute la problématique des minerais rares détenus par les chinois, celui du retraitement des batteries en fin de vie, etc, etc. Et je ne parle pas de la problématique de l'étalement urbain qui reste strictement la même.
Le doublement du transport ferroviaire et public, un objectif souvent mentionné de notre politique officielle, implique un doublement des subventions à ces modes, soit 17 milliards de subventions de plus par an.
Encore un calcul très soigneux ...
Il permettra aux riches, qui sont les principaux utilisateurs des TGV, de se déplacer plus rapidement et plus confortablement. Il économisera aussi quelques centaines de milliers de tonnes de CO2 par an - moins que ce que la Chine crache par heure (1 million de tonnes).
Désolé, mais on tourne au concours de poncifs ... Les riches, seuls utilisateurs des TGV ? Seuls utilisateurs des tramways, des bus... Quand à la fameuse analogie avec la Chine (où là aussi il faudrait vérifier les chiffres), on en revient au glorieux thème du "Aller, on peut bien se permettre de faire une connerie, le gros voisin en fait tous les jours et il ne se fait pas gronder !" Bravo, bravo ...
Quand on creuse les déficits sans compter, on se retrouve en Grèce, avec rien d'autre que les yeux pour pleurer. Les Etats-Unis d'Obama mettent sous le coude leurs projets ferroviaires.
La Grèce, oui, qui oh, surprise ! paie les pots cassés de son fameux programme de désenclavement routier. L'auteur de l'article se trompe d'ailleurs, les hellènes ont aussi l'Egnatia pour pleurer. Quant aux Etats-Unis, j'ai cru comprendre qu'ils se demandaient plutôt s'il n'était déjà pas trop tard, après 8 ans de jmenfoutisme acharné sous Bush. Je passe en outre sur un certains nombre de pays (Japon, Scandinavie, Pays-Bas, Suisse, etc ...) aux caractéristiques pas forcément si éloignées de la France, qui ont fait un choix - assumé - des transports collectifs, qui en paient chaque année la facture, et qui n'ont pas l'air de se porter plus mal que nous.
Franchement, G.E., est-ce bien sérieux ?
