Bon, faut reconnaitre qu'il y a eu un acharnement de circonstances sur ce train, mais toute cette affaire reste entièrement imputable à notre compagnie nationale préférée (ce qui, pour changer, est clairement reconnu à la fin du rapport).
Mais c'est marrant ce rapport, ca fait très "catastrophe aéronautique/BEA/NTSB", j'aime beaucoup. D'ailleurs on y retrouve le même effet "gruyère", qui montre qu'un accident/incident est toujours du à une chaine de défaillances, et qu'une seule correction suffit souvent à éviter la pagaille (ou le pire pour les avions).
Ici, par exemple :
1) Une grève des employés de manœuvre d'escale à Dijon :
CONSÉQUENCES : Retard initial de 8 heures du matériel devant assurer le fameux Strasbourg/Port-Bou, et surtout relèvement du conducteur qui a depassé son temps de conduite.
CORRECTION POSSIBLE : De meilleurs relations syndicales à la SNCF. (Peut être la chose de ce rapport sur laquelle on peut le moins agir

)
2) Mauvaise transmission des données entre l'équipe jour/nuit :
CONSÉQUENCES : L'équipe nuit n'attribuera pas de nouveau conducteur de relève au train.
CORRECTION POSSIBLE : Ben, mettre en place un processus de transmission cohérent, et obligatoire. Faute entièrement imputable à la SNCF.
3) Non-vérification par le logiciel de rattrapage pourtant prévu (:roll:), car "coup de feu" :
CONSÉQUENCES : L'erreur 2 ne sera pas corrigée.
CORRECTION POSSIBLE : Prévoir plus (et non moins) de personnel pendant les périodes de "coup de feu". Eh oui, ca coute cher, mais ca évite de devoir faire "Maiseuh... c'est pas de leur faute, il y avait un coup de feu!" et de se ridiculiser devant 30 Millions de Francais au JT de 20h. Faute entièrement imputable à la SNCF, mention spéciale "recherche opérationnelle foireuse".
4) L'impossibilité de trouver du personnel qualifié en remplacement, les astreintes les plus proches qualifiées étant à Lyon. (!)
CONSÉQUENCES : Le train attendra 7 heures (les deux tiers du retard) à Belfort, le temps que le conducteur de Lyon arrive.
CORRECTION POSSIBLE : Voir point 3 : Prévoir des astreintes qualifiées par secteur, ca coute cher, mais... blabla.
5) La panne d'un TER à Baume-les-Dames pour cause de "gel du circuit d'air".
CONSÉQUENCES : Encore 2 heures d'attente pour ce train qui n'en avait vraiment pas besoin.
CORRECTION POSSIBLE : Peut-être le seul point ou on peut accorder à la SNCF le bénéfice du doute, conditions météo exceptionnelles, etc... Bien que je leur conseille de tenir des cahiers de maintenance à jour, puisque malgré la confection du "rapport", il n'est pas encore possible de savoir si oui ou non, la purge du circuit d'air qui permet d'éviter cette panne a eu lieu.
6) La panne moteur du train à Tournus.
CONSÉQUENCES : Encore 3 heures d'attente, le coup de grace.
CORRECTION POSSIBLE : Je sais, le train avait déjà deux heures de retard, donc on en était pas à une heure près pour terminer le séchage, surtout qu'on se sait ce qui arrive au motrices quand la neige fond (cf. Affaire "Eurostar", il y a un temps), ca aurait évité pas mal de souci. De là à supprimer le train...
(Je passe sur l'attente due aux passagers bourrés à faire descendre, c'est la seule faute non imputable à la SNCF, et le retard enregistré est donc normal...)
Donc, voilà. Beaucoup de positif dans ce rapport : on en fait un, public, déjà, c'est suffisamment rare pour être souligné. Ensuite, ce dernier reconnait ses fautes , et propose une compensation et l'augmentation des deniers accordés à SNCF Assistance. J'ose espérer que ceux qui le liront (même si j'ai des doutes sur l'audience hors SARA) arrêteront de jouer les mini-chefs de gare improvisés à chaque retard de 5 minutes à coup de "yaka, faukon", et qu'ils verront qu'il y a une véritable machinerie derrière leur voyage. Un peu rouillée, en ce moment, certes, mais qui n'attend qu'un peu de lustre.
Évidemment, ce rapport ne pointe pas du doigt la cause principale : la dite "recherche opérationnelle foireuse". Si ce genre d'incidents se répète, je ne suis pas sur que même avec une approche économiquement cynique, le calcul soit bon, eu égard à la publicité négative que cela fait. Et ne dites pas "Ah bon, l'image de la SNCF pourrait être pire?", ce serait du mauvais esprit...

Et enfin, malheureusement, la conclusion finale : "On n'aurait jamais du faire partir ce train". Ah, mais on n'a jamais dit que c'était facile l'exploitation ferroviaire, les amis, mais si c'est votre réponse définitive, ca ferait du bien au secteur que vous changiez de métier!
Au contraire, Ça serait une décision courageuse de décider de faire ces rapports de façon systématique dés que le retard dépasse un certain seuil, et d'en tirer les conséquences. Quand on voit le résultat sur la sécurité aéronautique, on peut espérer des résultats aussi en terme de fiabilité. Mais là, c'est du rêve.
