Il a fallu cinq longues années de procédures pour enfin aboutir à une décision définitive. Résumé de la procédure par Le Progrès :
Résumé de la situation il y a quelques mois par Les Échos :Le Progrès a écrit :Pont-de-Vaux : la construction du pont de Fleurville autorisée par le Conseil d'État
À l’arrêt depuis cinq ans, la construction du pont Jacques-Chirac entre Pont-de-Vaux (Ain) et Montbellet (Saône-et-Loire) devrait finalement voir le jour avant 2030. C’est en tout cas l’espoir que nourrit Jean Deguerry après la décision du Conseil d'État, la plus haute juridiction administrative du pays.
Le chantier de construction du nouveau pont de Fleurville verra bien le jour. Ainsi en a décidé le Conseil d'État, saisi par les départements de l’Ain et de la Saône-et-Loire, au terme d’un marathon judiciaire de plus de cinq ans qui a connu son épilogue ce vendredi 21 novembre.
Lancé en 2019, le projet de construction d’un nouveau pont entre les communes de Pont-de-Vaux (Ain) et Montbellet (Saône-et-Loire) en amont de l’ancien, inauguré en 1890, avait d’abord fait l’objet d’un avis défavorable du commissaire enquêteur à l’issue de l’enquête publique le 18 septembre 2020. En dépit des autorisations environnementales délivrées par les préfets de l’Ain et de la Saône-et-Loire, le projet avait ensuite été arrêté par un jugement du tribunal administratif de Lyon en date du 10 mars 2022, confirmé par la cour administrative d’appel le 30 avril 2024.
Le projet initial rétabli
La Conseil d'État vient de se prononcer en dernier recours… en rétablissant le projet initial. C’est-à-dire la construction d’un ouvrage neuf de 272 mètres de long à côté de l’existant pendant la durée des travaux, permettant de remédier aux difficultés de circulation, en rétablissant une liaison sécurisée entre les deux départements.
« Nous avons perdu beaucoup de temps et beaucoup d’argent, mais je me vois aujourd’hui rassuré parce que le bon sens a fini par l’emporter dans l’intérêt des usagers » , vient de réagir Jean Deguerry, le président du département de l’Ain. Lequel n’entend pas s’arrêter là. « Je proposerai prochainement à nos parlementaires de légiférer sur le sujet. Pour qu’on ne puisse plus attaquer un tel projet dès lors qu’il a obtenu toutes les autorisations utiles et nécessaires, mais surtout environnementales. De ce point de vue, le pont de Fleurville n’est qu’un exemple parmi d’autres, comme le projet de déviation du pont de Beyrac en Dordogne, ou l’A69 entre Toulouse et Castres. J’accueille cette décision du Conseil d'Etat comme une belle victoire pour les départements de l’Ain et de la Saône-et-Loire. Mais ce n’est plus possible. Cela doit nous servir de leçon ! ».
Un souhait pour 2030
Maintenant que le projet initial n’est plus attaquable, la procédure devrait donc reprendre de zéro, avec un nouveau calendrier de consultation des entreprises avant la reprise de travaux. « Je souhaite que le pont de Fleurville soit achevé d’ici 2030 » avise le président Deguerry. « Alors que nous aurions dû l’inaugurer cette année » précuise-il.
Pour les amateurs d'histoire des routes, Le Progrès avait publié un article en mars dernier. Ils avaient juste oublié de lire l'article de Wikisara qui précise que le pont suspendu originel était à péage et qu'il avait été racheté par l'État le 11 décembre 1883Les Échos a écrit :Le pont de Fleurville, un cas d'école des controverses environnementales
Construit au XIXe siècle, le pont reliant Fleurville (Saône-et-Loire) et Pont-de-Vaux (Ain) rouvre ce 20 mars. Il était fermé depuis janvier pour des raisons de sécurité et devait être remplacé par un nouvel ouvrage, plus moderne. Mais ce projet, contesté par la justice, est à l'arrêt, sur fond de tensions entre les deux conseils départementaux et une association environnementale.
Enième rebondissement dans la saga du pont de Fleurville. Construit en 1899 pour relier les communes de Fleurville (Saône-et-Loire) et Pont-de-Vaux (Ain), l'édifice était fermé à la circulation depuis le 25 janvier pour des raisons de sécurité. Depuis le 20 mars, l'ouvrage a été rouvert à la circulation par les départements de Saône-et-Loire et de l'Ain, après une mobilisation importante des citoyens et commerçants, pénalisés par la situation.
Cette réouverture n'est pas une solution durable puisque l'ouvrage, jugé fragile , ne peut pas garantir une libre circulation (seuls les véhicules de moins de 3,5 tonnes y sont désormais autorisés). « Nous avons posé des portiques pour que les limites de vitesse soient respectées », précise François Genest, directeur général des services du département de l'Ain.
Un bras de fer judiciaire
Conscients du caractère temporaire de cette solution, les deux conseils départementaux avaient anticipé la situation en 2019, en déposant une demande d'autorisation environnementale pour la construction d'un nouveau pont. Requête acceptée de la part des deux préfectures mais qui a finalement été révoquée en mars 2022 par le tribunal administratif de Lyon. Le tribunal plaidait alors pour une « reconstruction du pont sur les appuis existants », une solution jugée « moins impactante pour l'environnement » et « moins onéreuse ».
Cette décision est intervenue après une saisine de l'association environnementale « Bien vivre à Replonges ». Elle a depuis été confirmée par la cour administrative d'appel de Lyon en 2024, et l'affaire est désormais dans les mains de la cour de cassation qui examine le dossier. En parallèle, le projet initial des deux départements est soutenu par une partie des habitants, comme en témoigne une pétition citoyenne publiée le 4 février et ayant réuni 5.373 signatures au moment de la rédaction de cet article.
D'autres projets en étude
Mais les procédures judiciaires sont longues et retardent de fait la construction d'un nouvel ouvrage. Alors pourquoi avoir défendu le projet jusqu'en cassation ? « Le plan initial reste le plus pertinent à nos yeux, donc c'était important pour nous d'aller au bout. En parallèle de ce pourvoi, nous travaillons aussi sur plusieurs scénarios alternatifs » pour la construction d'un nouveau pont, explique François Genest. Depuis 2023, les deux conseils départementaux mènent des études en ce sens, mais pour l'instant, les collectivités n'ont pas souhaité donner plus d'informations sur la nature des scénarios envisagés.
De son côté, l'association Bien Vivre à Replonges, à l'initiative du recours, regrette que les conseils départementaux n'aient pas choisi de « revoir leur projet » dès le début au lieu de continuer les démarches judiciaires, comme l'a expliqué la structure dans une note publiée le 31 janvier.
Selon François Genest, qui compare cette affaire à la controverse de l'autoroute A69 (Toulouse-Castres), « ça devient compliqué de mener de nouveaux projets » . Pour en savoir plus, il faudra attendre la décision du Conseil d'État qui devrait intervenir dans les prochains mois, et qui constitue le dernier recours possible avant l'enterrement définitif du projet initial.
Le Progrès a écrit :Quelle histoire se cache derrière le pont de Fleurville et ses 120 années d’existence ?
Depuis cinq ans, le pont de Fleurville, à Pont-de-Vaux, fait parler de lui en raison de son remplacement. Son histoire, elle, remonte au début du XIXe siècle.
L’histoire du pont de Fleurville est étroitement liée à celle du canal construit entre la Saône et la cité pontévalloise. Depuis la nuit des temps, on passait la Saône sur un bac pour accéder aux communes riveraines. Mais, en 1843, les travaux de construction du canal furent achevés et avec eux, l’aménagement d’une levée le longeant, issue des terres d’extraction.
La surélévation du chemin aura permis le hallage des charges flottantes et un moyen efficace de repousser les périodes d’inexploitation en raison des crues saisonnières de la rivière.
C’est peu avant cette période, en 1835, qu’un pont suspendu a été édifié. Composé de trois travées et d’une voie de circulation en planches de bois, il reposait sur deux piles semi-immergées. C’est en 1899 que ce pont suspendu est remplacé par l’édifice métallique de 181 mètres connu aujourd’hui. Cette nouvelle structure a alors rendu possible le passage des trains et du tramway entre Pont-de-Vaux et Fleurville, et au-delà, vers Mâcon. Les marchandises ont ainsi pu être acheminées directement via la ligne PLM (Paris-Lyon-Marseille).
Une construction moderne pour l’époque
Pionnière dans la fabrication, entre autres, de ponts métalliques dès 1850, la société Schneider a utilisé pour le nouveau pont la technique du rivetage à chaud, la même technique qui avait été utilisée pour la tour Eiffel. Le pont est ainsi édifié par réunion d’éléments préalablement construits dans l’usine du Petit Creusot, à Chalon-sur-Saône.
Il est inauguré le 27 octobre 1901 pour une grosse facture de 500 000 francs de l’époque, soit environ 1,6 million d’euros. Les tacots l’ont emprunté jusqu’en 1934 avant de céder la place au trafic routier. Il connaîtra lui aussi les cicatrices de la Seconde Guerre mondiale. En effet, le 1er septembre 1944, au soir, à l’approche des armées alliées, les troupes allemandes d’occupation, alors en pleine retraite, feront sauter ce pont à coups d’explosif. Il sera remis en service que deux ans plus tard, en 1946.
6 000 véhicules au quotidien
Après plus de 120 ans, sollicité par le passage quotidien de plus de 6 000 véhicules par jour, le pont a montré des signes de faiblesses. Les éléments métalliques souffrant de corrosion et l’ensemble de la structure ne répondant plus aux normes actuelles de sécurité, son remplacement a été étudié et le pont de Fleurville devrait laisser place rapidement à un successeur.

Le pont aura été détruit par les forces allemandes le 3 septembre 1944. Archives DR


