Comment le TGV a changé la France
Aude Sérès et Christine Ducros
08 avril 2006, (Rubrique L'actualité économique)
in Le Figaro
Les trains à grande vitesse fêtent cette année leurs 25 ans. En un quart de siècle, ils ont réduit les distances et changé les habitudes des Français.
LA QUARANTAINE SPORTIVE, Alain est un «turbocadre». Chaque matin depuis quatre ans, il prend le TGV à la gare de Saint-Pierre-des-Corps. Direction Paris où il travaille quatre jours par semaine dans l'agence de communication qu'il a créée. «Nous avons longtemps vécu à Paris avec mon épouse et nos deux enfants, confie-t-il. Puis nous sommes partis vivre à Atlanta et à Sydney. A notre retour, il n'était plus question de revivre l'enfer des embouteillages, le stress de la vie parisienne. A Tours, nous avons fait le choix de la qualité de vie.»
Pour le prix d'un pavillon en lointaine banlieue, Alain et Dominique ont acheté une coquette maison dans le centre de Tours. Comme Alain, 1 020 abonnés prennent chaque jour «leur» TGV à Tours. Ils sont 300 à Vendôme, 750 au Mans à prendre le train comme on prend un bus ou le métro. Pour eux, le TGV, qui fête ses 25 ans cette année, a changé leur vie. En raccourcissant les distances, il a suscité de nouveaux comportements. «C'est un formidable moteur du développement économique régional, observe Michaël Ryba, directeur chez Booz Allen Hamilton, spécialiste du transport. Grâce à lui, des villes jusqu'ici enclavées connaissent un nouvel essor. Il génère des courants d'affaires au sein de régions qui en étaient dépourvues.»
Les 35 heures à grande vitesse
Depuis l'arrivée du TGV-Med à Avignon et Marseille, le Luberon et les Alpilles sont pris d'assaut par des Français proches de la retraite. «Avec Avignon à 2 heures 30 de Paris, ils anticipent l'achat d'une résidence pour leur retraite et ils peuvent déjà s'y rendre tous les week-ends», analyse René Pallincourt, président de la Fédération nationale de l'immobilier (Fnaim) à Paris. En bon Marseillais, il saute dans le TGV chaque vendredi pour gagner la cité phocéenne.
L'effet TGV a été démultiplié par les 35 heures. «Dès le jeudi soir, la gare d'Avignon est bondée, lance une habituée. Les Parisiens se mettent au vert avant le week-end.» La SNCF surfe sur la vague, avec des tarifs alléchants : Prem's, ventes flash sur Internet, prix spéciaux, trajet à partir de 19 euros dans l'iDTGV... A tel point qu'aujourd'hui, les trois quarts des voyageurs bénéficient d'un tarif réduit ! C'est tentant, à condition de s'y retrouver dans la jungle des promotions.
Le phénomène va s'amplifier. L'an prochain, Strasbourg sera à 2 heures 20 de Paris, puis la Bretagne aura son TGV, avec Rennes à 1 heure 27 de Paris, Brest et Quimper à 3 heures. Longtemps cantonné à relier Paris au reste de la France, le TGV jouera de plus en plus maintenant les liaisons transversales. Là encore, il écrase les distances. «En France comme dans toute l'Europe, développer le TGV relève d'une stratégie d'aménagement du territoire, assure Didier Bréchemier, consultant chez Roland Berger. Comme dans le transport aérien, vous verrez bientôt des alliances entre compagnies européennes de chemin de fer. Elles pousseront à la création de hubs ferroviaires d'où partiront des TGV en direction de toute l'Europe.» D'ici à ce que les trains appartiennent aux compagnies aériennes, comme l'imagine le PDG d'Air France (lire ci-dessous).
Le succès du «tout-TGV» a quand même un prix : 15 millions d'euros par kilomètre, soit une ligne à 3,2 milliards d'euros pour le TGV-Est, à 2,5 milliards vers Rennes et à 4,5 milliards pour la ligne Sud Europe atlantique... L'endettement global du système ferroviaire atteint 40 milliards d'euros, dont 27 milliards d'euros pour le seul Réseau ferré de France (RFF) gestionnaire des infrastructures.
Source
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http://www.lefigaro.fr/eco/20060408.FIG ... rance.html