Virgule.lu a écrit :Des contrôles et des barrages qui irritent... 2028 sera plus vivable sur la ligne Nancy-Metz-Luxembourg?
Réunis pour l’annuel face-à-face avec les usagers de la ligne, la SNCF, les CFL et la région Grand Est ont fait le point sur les actualités du Sillon Lorrain. Un prochain barrage est prévu dès le mois de février.
Une petite trentaine d’usagers y ont consacré une partie de leur soirée du vendredi 7 novembre. Le Corest (Comité régional des services de transport) du Sillon Lorrain Nord, concernant, entre autres, la ligne TER frontalière Nancy-Metz-Luxembourg, s’est tenu dans le salon Charlemagne de la gare de Metz.
«Nous vous avons écoutés. Vous nous aviez proposé que l’on se retrouve à proximité des trains, et nous sommes ici grâce à la SNCF», a souligné d’emblée Brigitte Torloting, vice-présidente régionale en charge de la coopération transfrontalière. L’an passé, la réunion s’était tenue, comme à son habitude, au sein de l’hôtel de Région, situé à une vingtaine de minutes de marche de la gare.
Mais pour les usagers, le lieu de cet échange annuel importe finalement peu. Les conditions de transport éprouvées au quotidien, en revanche, sont au cœur des doléances. Et le premier thème qui s’invite lors des débats est celui des contrôles massifs menés en soirée à la sortie des gares françaises, notamment à Thionville. Lors de ces opérations, la SNCF travaille conjointement avec les forces de l’ordre afin de contrôler l’ensemble des voyageurs en sortie de train.
Bientôt des portiques dans les gares de la ligne?
«On a des enfants à aller chercher, des bus à prendre, et ces contrôles en gare ne sont pas une solution. Cela fait un goulot d’étranglement à la sortie du train et cela irrite tout le monde», déplore une usagère. «Pourquoi il y a autant de forces de l’ordre aux côtés des contrôleurs? On est des méchants, c’est ça?», invective un autre habitué de la ligne.
En face, la SNCF se veut pragmatique: «On est une entreprise commerciale, notre volonté n’est pas de faire de la répression, mais bien de contrôler dans le respect des personnes. Le seul moyen de contrôler l’ensemble des passagers en étant le moins perturbant possible est à l’arrivée du train», répond la directrice des lignes TER Lorraine, Roselyne Histe-Wolff. En effet, l’important taux d’occupation des trains ne permet pas aux contrôleurs d’effectuer pleinement leurs missions à bord en heure de pointe.
«Si les contrôleurs ne peuvent assumer leur mission dans le train, pourquoi ne pas mettre des portiques, comme le font nombre de gares parisiennes», suggère alors une usagère. Une idée difficilement envisageable aux yeux de Claire Monjalet, directrice des Gares de Lorraine pour le compte de SNCF Gares et connexions. «Les portiques sont une solution difficile à mettre en œuvre sur des gares qui ne sont pas en cul-de-sac.» D’autant plus que selon ces contrôles massifs, la fraude s’élève à 7% sur la ligne, une situation considérée comme étant dans la moyenne observée à l’échelle nationale.
Les rames normandes circuleront au printemps
Revenons-en aux trains. Depuis 2019, une montée en puissance est attendue sur la ligne avec l’achat par la région Grand Est de 16 rames auprès de la région Normandie. Ces dernières ont vu leur mise en service maintes fois repoussée, en raison de délais de livraison toujours plus long des nouveaux trains normands commandés auprès d’Alstom. Arrivant au compte-goutte en Lorraine, ces trains ont d’ores et déjà débuté leur seconde vie en circulant sur la partie française de la ligne.
«L’équipement de ces rames est en cours, et elles pourront circuler vers le Luxembourg à partir du printemps 2026. Vous allez voir une évolution dès l’année prochaine avec une montée en puissance plus significative en 2027, pour arriver à un gain d’environ 4.000 places assises par sens de circulation en heure de pointe», rappelle Gilles Heizmann, responsable de l’organisation de l’offre ferrée pour le compte de la région Grand Est. Pour l’un des usagers présents dans la salle, ce calendrier manque de précision.
Parallèlement, les 25 rames actuellement en circulation sur la ligne poursuivent leur opération mi-vie, une lourde maintenance visant à rénover entièrement les trains et à prolonger leur durée de vie de 15 à 20 ans. «Quatre rames sont déjà revenues de Bischheim, et trois autres sont en cours de rénovation», poursuit Gilles Heizmann. Une situation qui crée une tension sur le matériel roulant affecté à la ligne Nancy-Metz-Luxembourg.
Un manque de communication pointé du doigt
Cette tension se reflète dans les statistiques. «Nous sommes challengés par la région sur le respect des compositions des trains. Nous ne sommes pas à la hauteur, et nous l’étions encore moins cet été, car Bettembourg ne pouvait pas accueillir toutes les compositions durant les travaux», justifie Roselyn Histe-Wolff.
Entre le 1er janvier et le 7 septembre, environ 80% des trains étaient jugés conformes, c’est-à-dire ayant circulé comme prévu par le plan de transport publié la veille à 17h, intégrant la ponctualité à la frontière franco-luxembourgeoise à 2min59. «En termes de ponctualité au départ de la France, nous nous situons en moyenne à 88%. Tandis que l’on observe une trentaine de points d’écart dans la ponctualité dans le sens contraire», ajoute la directrice des lignes TER Lorraine.
Vécu quasi quotidiennement par les usagers, ce manque de ponctualité a fait l’objet de vifs échanges durant la réunion, notamment au vu du manque de communication qui l’entoure.
«La communication, ça ne va pas. On est en 2025 et on a 50.000 moyens de communication. Qu’il y ait des problèmes, certes, mais il faut plus de communication», fustige un usager, rappelant que le compte Twitter de la ligne transmettait autrefois davantage de détails sur les perturbations. «En gare de Luxembourg, on est complètement abandonnés, et on ne sait jamais quel train partira en premier», déplore une autre usagère.
Retour du barrage à Thionville en 2026 et 2027
Des perturbations en gare de Luxembourg, les usagers viennent pourtant d’en vivre, avec une nouvelle semaine de barrage à Bettembourg dans le cadre du doublement des voies ferrées entre les deux villes. Trois périodes de perturbations ont été annoncées par les CFL en 2026. Ainsi, aucun train ne circulera entre Bettembourg et Luxembourg du 14 au 22 février, et du 23 au 31 mai.
Du 16 juillet au 23 août 2026, le barrage s’effectuera à Thionville, à l’image de l’été 2024. Même punition pour 2027, avec, cette fois-ci, deux mois de fermeture du 14 juillet au 16 septembre. En bout de course, le 17 septembre 2027, se profile la mise en service de la nouvelle ligne Luxembourg-Bettembourg, avec une voie réservée à chaque destination: Thionville-Metz-Nancy d’un côté, et Esch-Rodange de l’autre.
«L’offre de bus de substitution sera mise en place sur base de l’expérience de l’été 2024. L’arrêt à la gare s’effectuera au niveau de la Rocade, avec des bus directs en heures de pointe et un renforcement de l’accompagnement du personnel sur le terrain. Des bus avec pour seule origine et destination Howald sont à l’étude», promet Christian Kieffer, du service qualité des CFL.
Des perturbations à Bettembourg à l’horizon 2029
«Vous nous annoncez des coupures jusqu’en 2027, il y a quoi après?», lance malicieusement une usagère. Les CFL indiquent de leur côté que, si aucune coupure n’est prévue en 2028, la rénovation de la gare de Bettembourg a été annoncée à partir de 2029, et pourrait, elle aussi, amener son lot de perturbations.
Au sortir de ces plus de deux heures d’échange, les usagers ne se montrent pas tous convaincus des réponses apportées par les compagnies ferroviaire et la région Grand Est. «On a beaucoup parlé, mais il n’y a pas d’amélioration à court terme de nos conditions de transport qui sont prévues», résume un usager, qui lorgne sur les investissements réalisés à Strasbourg dans le cadre du Réseau express métropolitain européen.
Une critique qui passe mal du côté de Brigitte Torloting. «J’ai toujours l’impression que vous êtes les parents pauvres. Vous dites qu’on investit ailleurs et non ici, mais vous exagérez tous les ans», répond l’élue, qui rappelle par ailleurs que «la région ne lève aucun impôt. On subit, on ne choisit pas. Et je voudrais saluer la décision du président de ne faire aucune coupe dans la partie transport du budget». Évaluées à 1,6 milliard d’euros en 2025, les mobilités dans la région Grand Est composent le premier poste de dépense régional.