FINANCEMENT. Un médiateur a été nommé par François Fillon pour convaincre les Départements des Landes et de la Gironde
La LGV est encore en difficulté
La ligne à grande vitesse (LGV) Sud Europe Atlantique que l'on croyait vraiment sur les rails est-elle à nouveau menacée ?
De Tours à Bordeaux et de Bordeaux vers l'Espagne et vers Toulouse, l'édifice financier bâti pour équilibrer par une subvention publique l'appel d'offres risquerait de s'effondrer si les Départements récalcitrants (Gironde et Landes) n'acceptaient pas de signer la convention de financement qui leur est proposée.
Dominique Schmitt, préfet de la région Aquitaine, a révélé hier dans une conférence de presse que le Premier ministre avait nommé un médiateur en la personne de Claude Libermann, ingénieur général des Ponts et Chaussées. Selon lui, le médiateur n'aurait que jusqu'à la fin de l'année pour parvenir à un accord, « sinon, le projet serait dans l'impasse ».
Emmanuelli pas satisfait
La Gironde, qui a voté un engagement de 138 millions d'euros pour la section Tours-Bordeaux le 26 mars dernier, refuse cependant de signer la convention parce qu'elle réclame des aménagements qui ne sont pas prévus dans le projet : protections phoniques dans la traversée de Talence, enfouissement de la ligne dans la banlieue nord de Bordeaux, ainsi qu'une gare à Captieux, où il a été très difficile de faire admettre le tracé dans le massif landais.
Selon Gilles Savary, vice-président PS du Conseil général de la Gironde et spécialiste des problèmes ferroviaires, « on nous demande de nous engager sans que l'on sache ce qu'on va nous demander ».
Du côté des Landes, Henri Emmanuelli, président PS du Conseil général, indique qu'il a déjà délibéré favorablement au projet le 5 janvier dernier. Cependant, il estime que le projet tel qu'il est ne lui donne pas entièrement satisfaction.
Alors que les Landes doivent cotiser pour 30 à 40 millions d'euros pour Tours-Bordeaux et 40 millions pour le Sud, Henri Emmanuelli n'est pas du tout rassuré par les orientations qui semblent être prises pour la desserte du Béarn et de la Bigorre. Selon lui, la seule solution possible est de suivre le tracé de l'autoroute A 65 en construction, pour ne pas ravager l'agglomération de Mont-de-Marsan avec une liaison qui partirait de l'est de Dax.
Sa principale inquiétude est néanmoins d'être obligé de payer beaucoup pour Tours-Bordeaux alors que l'incertitude demeure sur ce qui se fera au sud de Bordeaux, en raison « des enchères sur le coût du projet dans la traversée du Pays basque qui risquent d'en fragiliser la réalisation ».
Alors que Claude Libermann a déjà rencontré Alain Juppé, il n'a pas encore eu d'entretien avec Philippe Madrelle qui se dit prêt à le voir, et Henri Emmanuelli qui, pour le moment, n'en voit pas l'utilité : « J'ai déjà tout exprimé dans la lettre que j'ai envoyée au préfet. »
La Bretagne s'active
Dans l'entourage du maire de Bordeaux, on explique qu'il ne s'agit pas d'un bluff de dernière minute et que le gouvernement est prêt à tout laisser tomber si Claude Libermann n'arrive pas à atteindre son objectif. Le projet de LGV Bretagne est en effet déjà financé et aucun autre ne pose de tels problèmes, explique-t-on. Ces difficultés semblent d'autant plus incroyables que l'essentiel du chemin avait pratiquement été fait.
Les offres des candidats à la concession doivent être remises le 15 décembre prochain et l'État devrait faire connaître le 15 janvier prochain les « fuseaux » de 1000 mètres à l'intérieur desquels seront lancées les enquêtes d'utilité publiques pour les sections de Bordeaux vers l'Espagne et de Bordeaux vers Toulouse.
Claude Libermann est, semble-t-il, un fin négociateur qui a déjà débrouillé des situations aussi compliquées.
Auteur : jean-Pierre Deroudille
jp.deroudille@sudouest.com