On commence à parler finances...
Le Monde a écrit :La France et l'Italie relancent le projet ferroviaire Lyon-Turin
LE MONDE | 17.07.07 | 15h00 - Mis à jour le 17.07.07 | 15h00
ROME CORRESPONDANT
De Lyon à Turin, le plus court chemin passe par... Bruxelles. Il sera en effet bien difficile de réaliser sans les subsides de l'Union européenne (UE), d'ici à 2020, la liaison ferroviaire à grande capacité qui doit relier les deux villes et dont le coût est estimé à 12,5 milliards d'euros.
Le ministre italien des infrastructures et des transports, Antonio Di Pietro, devait remettre officiellement, mercredi 18 juillet, à Jacques Barrot, vice-président de la Commission européenne et commissaire chargé des transports, une demande conjointe des gouvernements français et italiens pour obtenir de Bruxelles une aide financière pour la réalisation de la partie commune du tracé, c'est-à -dire, essentiellement, le tunnel sous les Alpes.
M. Di Pietro et le ministre français de l'écologie, du développement et de l'aménagement durable, Jean-Louis Borloo, ont signé, lundi 16 juillet à Rome, la lettre par laquelle ils réclament à la Commission européenne 725 millions d'euros pour les travaux à réaliser dans la période 2007-2013.
Sur cette somme, 494 millions d'euros devraient revenir à Rome et 231 millions d'euros à Paris dans la mesure où la section dite "internationale" de la liaison ferroviaire, d'un coût total de 7,5 milliards d'euros, est financée à 63 % par l'Italie et à 37 % par la France.
La somme demandée correspond à environ 30 % de ce que les deux pays devraient investir au cours des six prochaines années. La signature du document commun, qui devait être une simple formalité, a fait l'objet d'une âpre discussion de dernière minute sur certaines modalités financières, en particulier sur le montant à demander à l'UE. Les Italiens l'auraient voulu supérieur, quand les Français plaidaient pour "une demande bien calibrée".
M. Borloo s'est réjoui de constater que "le projet est efficacement relancé", notamment grâce à "un portage puissant de l'Italie". Trois jours plus tôt, lors de la visite de François Fillon, à Rome, le chef du gouvernement italien, Romano Prodi, avait déjà tenté de rassurer son homologue français : "Je me suis engagé sur ce projet, l'Italie tiendra ses engagements", avait-il alors affirmé.
La demande de cofinancement présentée à Bruxelles est la première avancée concrète d'un dossier en panne depuis plusieurs années côté italien. Pour forcer le blocage des populations locales, des mouvements écologistes ou altermondialistes, et de certains partis de la majorité, le gouvernement de M. Prodi s'était engagé, le 13 juin, à proposer un tracé alternatif entre la frontière française et Turin.
Le document remis au commissaire Jacques Barrot comprend en effet l'esquisse d'un itinéraire passant plus au sud de la ligne initialement prévue. Le tunnel entre la France et l'Italie serait raccourci de 54 à 51,5 kilomètres, sortant à Chiomonte au lieu de Venaus, vallée devenue le symbole de la résistance à la "TAV", le "train à grande vitesse".
Pour Mario Virano, responsable de l'Observatoire technique pour la réalisation du Lyon-Turin, organisme créé en 2006 pour travailler à une solution de compromis, "quelque chose a changé, un dialogue s'est ouvert" avec les élus locaux. Selon lui, les vraies discussions sur le tracé définitif commenceront "probablement après l'été".
Pourtant, la fronde des opposants réunis dans des comités "No TAV" ne se dément pas. Ceux du Val Sangone, où devrait passer le futur nouvel itinéraire, ont adressé une pétition, le 11 juillet, au Parlement européen. Mardi 17 juillet, les conseils communaux de la basse vallée de Suse devaient se prononcer contre le dossier de financement transmis à Bruxelles.
Peu après l'annonce de l'accord signé par MM. Borloo et Di Pietro, un parti de gouvernement, Refondation communiste (PRC), a par ailleurs "confirmé le soutien au mouvement de lutte "No TAV"", précisant que la liaison Lyon-Turin était "inutile et nuisible".
Tout en affirmant sa "compréhension des oppositions et des contradictions locales", M. Borloo a souligné la dimension écologique d'un projet destiné à favoriser le transfert modal de la route vers le rail : "Des projets comme celui-là sont essentiels pour la réduction des émissions de CO2 et pour la sauvegarde de la planète à laquelle nous nous sommes engagés."
Les Italiens s'attachent pour leur part davantage au désenclavement géographique : ils présentent d'ailleurs à Bruxelles des demandes de subventions pour deux autres tunnels internationaux : le Trieste-Divaccia, à la frontière italo-slovène, sur le même tracé que le Lyon-Turin (Corridor V, Lisbonne-Kiev) et celui du Brenner, en partenariat avec l'Autriche (Corridor I, Berlin-Palerme).