Sud Ouest du 11/01/07 a écrit :Le pavé de Juppé
GRAND CONTOURNEMENT. En déclarant que le dossier nécessite « un peu de temps », le maire de Bordeaux a relancé le débat. Les opposants, eux, continuent à réclamer le retrait total du projet.
En déclarant mardi que pour « le grand contournement autoroutier de Bordeaux, il fallait se donner un peu de temps », Alain Juppé a relancé le débat. Il a fait mieux selon certains : en intervenant sur ce sujet très sensible, il a repris place au devant de la scène politique départementale.
Si l'on y regarde de près, le maire de Bordeaux n'a finalement rien dit de très précis. A son retour aux affaires, il avait déjà mis en cause la méthode de concertation du préfet sur les tracés. Quoi qu'il en soit, sa petite phrase a eu pour effet de retenir l'attention.
« Tout est bon à prendre ». Gérard Chausset, l'élu vert communautaire, adjoint au maire de Mérignac et farouche opposant au contournement, en convient. Même si cela lui fait grincer les dents. « Alain Juppé veut indiscutablement calmer le jeu à l'approche des prochaines échéances électorales, dit-il. Mais tant pis. Même si cela vient de l'UMP, tout ce qui peut retarder ce projet est bon à prendre. Souhaitons que d'autres, pour ne citer qu'Alain Rousset, fassent de même. »
Sollicité, le président socialiste de la CUB et du Conseil régional, n'a pas souhaité répondre à ces propos comme à ceux d'Alain Juppé. Il est vrai qu'il n'est pas dans ses habitudes de jouer au ping-pong politique, surtout quand il n'a pas lancé la première balle.

En revanche, Philippe Madrelle, le président PS du Conseil général, se réjouit de cette déclaration : « Je remarque qu'Alain Juppé demande globalement ce que j'ai demandé voilà six mois. Il rejoint la position du Conseil général sur le report du trafic routier vers le rail et donne la priorité à la LGV Tours-Bordeaux puis Bordeaux-Hendaye. »
Comme beaucoup d'autres, toutefois, Philippe Madrelle se demande ce que veut dire le maire de Bordeaux lorsqu'il déclare qu'il faut « prendre du temps ». « S'il s'agit de reprendre le débat public, je suis évidemment d'accord, précise-t-il. Le débat sur le grand contournement doit être l'occasion d'aborder globalement la question de tous les modes de transport en Gironde. » Aussi Philippe Madrelle encourage-t-il vivement Alain Juppé à faire mieux en intervenant auprès du ministère afin que la réflexion « reprenne le plus rapidement possible ».
Côté opposants, tout cela fait sourire. « Alain Juppé n'a pas changé de point de vue, assure Daniel Bas de la coordination rive droite (toutes associations confondues). Nous ne voulons pas qu'il nous dise : "Prenons du temps pour réfléchir", nous voulons qu'il nous déclare : "Non au projet de grand contournement autoroutier et réfléchissons ensemble à des solutions alternatives". » Un avis que partage Colette Arnaud de la coordination presqu'île d'Ambès : « Il ne faut pas prendre du temps, il faut arrêter d'en perdre. Effaçons tout, repartons à zéro et lançons un vrai débat public sur les transports au niveau interrégional. »
Le silence du préfet. Les opposants voient malgré tout du positif dans tout cela. Une sorte de déclic. « Le fait qu'Alain Juppé commence à faire marche arrière est la preuve que notre combat n'a pas été inutile et que le point de vue des petits élus du terrain est enfin ! pris en compte, pense Alain Blanc de la coordination rive gauche. Certains vont vraiment se retrouver dans l'embarras. Comment Alain Rousset va-t-il pouvoir maintenant camper sur ses positions ?»
Et qu'en pense Francis Idrac, le préfet de région ? Eh bien, il ne répond pas. Pour l'instant du moins, promettant de donner son point de vue lors de son point presse de début d'année la semaine prochaine. En attendant, le représentant de l'Etat précise qu'il n'y a rien de nouveau dans l'immédiat, le ministre n'ayant toujours pas répondu à son courrier dans lequel il suggérait lui aussi de poursuivre les études.
Une demande d'audience au ministre. Les collectifs d'opposants n'ont pas chômé ces dernières semaines. Dix commissions ont planché sur le projet de grand contournement et fait des contre-propositions, chacune sur un thème différent (protection de l'environnement, transport routier, évolution du trafic, le trafic nord-sud, etc.).
Ce travail (dont une bonne partie réalisée avec des experts), les opposants se disent prêts à le présenter au ministre des transports. Ils ont à nouveau demandé une audience, qui, jusque-là , leur a toujours été refusée. « Le ministre a répondu à toutes nos lettres, dit avoir pris en compte certaines de nos remarques, mais refuse de nous recevoir, déplorent-ils. Alain Juppé se montrant prêt à relancer le débat, nous allons le contacter pour qu'il débloque cette situation. Il nous doit bien ça ! »
Jean-Paul Vigneaud