Pour mémoire, ce complément d'échangeur est envisagé depuis le début des années 1990. Plus de 30 ans d'attente, c'est pas mal non pour un petit aménagement comme ça...
Grosso modo, il consistait à construire un pont au-dessus de l'autoroute, deux bretelles orientées vers l'Est et deux ronds-points, au Nord et au Sud, pour se raccorder à la voirie existante. Le rond-point Sud date justement des années 1990 quand a été tracée l'actuelle route du 17 octobre 1961 et il n'a été imaginé que dans le cadre du futur aménagement de l'échangeur. Lors de sa mise en service, il était d'ailleurs totalement inutile car il n'avait que deux sorties ! (à voir sur les photos aériennes de l'IGN de mai 1996)
Au début des années 2000, quand la Communauté d'Agglomération de Saint-Étienne (ancêtre de la Métropole) met la pression sur l’État pour qu'il construise enfin ce demi-diffuseur nécessaire pour desservir les zones d'aménagement à proximité, on lui répond que des études préalables de faisabilité sont nécessaires pour (re)démontrer officiellement qu'il est techniquement possible de compléter le demi-diffuseur. On peut imaginer que les ingénieurs de la DDE qui avaient travaillé sur le sujet en 1990 n'étaient plus là et que leurs dossiers avaient été archivés donc il a fallu tout recommencer aux frais du contribuable stéphanois… Commandées à la DDE de la Loire, ces études sont publiées par un rapport de janvier 2006.
En 2008, après la défaite électorale en triangulaire du maire sortant de Saint-Étienne et l'élection du socialiste Maurice Vincent ("ambitieux mais sans démesure pour Saint-Étienne" selon un article des Échos…) à la tête de la Communauté d'Agglomération, la plupart des investissements routiers sont mis en sommeil pour répondre aux exigences des partenaires écologistes et il faut attendre les élections municipales de 2014 pour que le projet ressorte des placards et soit enfin inscrit au Contrat de plan État Région 2015-2020.
S'agissant d'un aménagement sur une route nationale, une décision ministérielle du 7 octobre 2016 valide formellement l'opportunité du projet mais, comme les études sont soi-disant trop anciennes, elles doivent être mises à jour. Confiées à un prestataire extérieur (Ingerop) vu que l’État n'a plus les compétences en interne, elles sont présentées en 2018. Conformément aux nouvelles règles en matière de construction routière, il faut "blinder" le dossier et procéder à un passage en revue de toutes les variantes possibles, même si elles n'ont manifestement aucun intérêt, pour être en mesure de démontrer pourquoi elles n'ont pas été retenues. Le prestataire, très efficace, réussit à en identifier (et à passer du temps à en étudier) une dizaine, dont une se détache nettement (grosso modo l'aménagement qui était prévu en 1990). Le correspondant local du Progrès, qui suivait attentivement le dossier, s'empresse de rédiger un article en avril 2018 pour informer ses lecteurs qu'une concertation sera organisée en septembre et annoncer que l'échangeur devrait être mis en service d'ici 2023.
Le Progrès du 22 avril 2018 a écrit :Saint-Chamond : voilà à quoi devrait ressembler l’échangeur de la Varizelle en 2023
Le projet de l’échangeur de la Varizelle, à Saint-Chamond, a été validé pour un coût de 17 millions d’euros. En septembre viendra l’heure de la concertation publique avec les riverains. Quatre variantes doivent être proposées. Mais on connaît les grandes lignes. Dans le sens Saint-Étienne/Lyon, la sortie restera celle existante, Izieux-la Varizelle Il faudra alors créer une bretelle d’accès à l’autoroute, en dessous du magasin jardinerie-animalerie. On aura un pont traversant sur la RN 88 pour arriver au niveau de la DIR (Direction interdépartementale des routes) et du restaurant du Pont-Nantin. Ce projet d’échangeur à la Varizelle est dans les tuyaux depuis le début des années 2000. Par la suite, le projet a été retoqué plusieurs fois en Commission départementale d’équipement commercial. Aujourd’hui les choses vont dans le bon sens, le financement de cet échangeur est acté dans le contrat de plan État-Région. Le début des travaux est prévu pour 2021 avec une livraison en 2023.
Cependant, le dossier ne va pas avancer aussi vite, loin de là !
Conformément à la procédure, un dossier de concertation publique est préparé avec trois scénarios préférentiels pour que le public ait le sentiment d'avoir une influence sur le choix de l'aménagement. La concertation se déroule du 5 février au 5 mars 2019 mais, plutôt que de faire le choix qui s'imposait, le Maître d'Ouvrage (l’État) annonce qu'il va étudier et comparer trois nouveaux scénarios "afin de prendre en compte les différentes remarques des acteurs locaux" (en fait, il s'agissait de fignoler quelques détails de l'aménagement, comme le diamètre du giratoire Nord et les places de stationnement aux alentours, éléments qui auraient très bien pu être envisagés après l'enquête publique mais l'objectif était sans doute de gagner du temps). Il les présente lors d'une réunion de bilan de la concertation le 17 décembre 2019 afin "de conforter la bonne prise en compte des demandes émises lors de la concertation".
Après l'avis de l’Autorité environnementale en novembre 2020 et le mémoire en réponse, l'enquête d'utilité publique se déroule du 15 janvier au 15 février 2021 et elle se conclut par un avis favorable sans réserve émis le 21 mars suivant par le commissaire-enquêteur. La Préfète prend son temps et, le 8 décembre 2021, elle signe l’arrêté préfectoral n° 21-149 PAT déclarant l'utilité publique du projet. L’enquête parcellaire qui s'ensuit a lieu en mairie de Saint-Chamond du 20 juin au 6 juillet 2022, à l'issue de laquelle le commissaire enquêteur rend un avis favorable le 10 août 2022.
Une fois acquis les quelques terrains concernés, une enquête publique préalable à l'autorisation environnementale est prescrite par l'arrêté n° 2023-199 PAT du 1er août 2023 de Monsieur le Préfet de la Loire, au titre notamment "de la loi n° 2018-148 du 2 mars 2018 ratifiant les ordonnances n° 2016-1058 du 3 août 2016 relative à la modification des règles applicables à l'évaluation environnementale des projets, plans et programmes et n° 2016-1060 du 3 août 2016 portant réforme des procédures destinées à assurer l'information et la participation du public à l'élaboration de certaines décisions susceptibles d'avoir une incidence sur l'environnement". Cette enquête se déroule du 27 septembre au 27 octobre 2023, le commissaire-enquêteur délivre le 17 décembre suivant un avis favorable sans réserve et l'autorisation environnementale est officiellement accordée par arrêté préfectoral le 14 janvier 2024.
Les travaux peuvent alors enfin commencer. Ils débutent par la phase de défrichement et de dégagement des emprises en 2024 et le gros des ouvrages est construit à partir du 15 juillet 2025, en commençant par la pile centrale du pont pour profiter de la baisse de trafic estivale. Initialement projetée pour la fin de l'année 2025, la phase spectaculaire de pose des poutres du tablier du pont s'est finalement déroulée du 6 janvier au 2 février 2026 avec une dizaine de nuits de fermeture partielle ou complète de l’autoroute.
Le coût global de l'aménagement du complément du demi-diffuseur de la Varizelle était estimé en 2025 à 24,9 millions d'euros, avec une grille de financement de 50 % par l’État, 35 % par Saint-Étienne Métropole) et 15 % par le Conseil Départemental de la Loire.