Les législatives et la crise éloignent l'arrivée du TGV au Portugal
LE MONDE | 19.09.09 | 14h08
Ce n'est pas demain qu'un TGV fera son entrée en gare d'Orient, dans le très moderne quartier du Parc des nations, à Lisbonne, si la droite gagne les élections législatives du 27 septembre au Portugal. La candidate du Parti social-démocrate (PSD, droite), Manuela Ferreira Leite, l'a répété tout au long de la campagne : "Si je deviens premier ministre, je suspendrai le projet de ligne à grande vitesse entre Lisbonne et Madrid."
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Dans la foulée, l'ex-ministre des finances du gouvernement de José Manuel Durao Barroso (2002-2004) ferait aussi une croix sur le TGV entre Porto et Vigo (Galice), sur le nouvel aéroport de Lisbonne, comme sur l'ensemble des grands équipements programmés pour la prochaine législature par le gouvernement socialiste sortant.
Prévue pour 2013, la liaison à grande vitesse entre les deux capitales ibériques coûterait 3,8 milliards d'euros au Portugal. Avec le Porto-Vigo (également en 2013), puis une jonction Lisbonne-Porto en 2015, l'ensemble de l'investissement TGV pèserait 8,9 milliards, dont un tiers à la charge de l'Etat. Peu importe que Mme Ferreira Leite ait paraphé l'accord luso-espagnol en 2003. Aujourd'hui, cette conservatrice de 69 ans proclame, au nom de la plus stricte orthodoxie financière, que "le niveau d'endettement du pays rend ce projet insoutenable". En raison de la crise économique et financière qui devrait creuser le déficit public à 6 % en fin d'année, la dette du Portugal dépasse 70 % du produit intérieur bruit (PIB). Une détérioration jugée "préoccupante" par l'agence de notation Moody's cet été.
A une semaine du scrutin, la question du TGV est devenue centrale dans le débat entre le PSD et le Parti socialiste (PS), dont les programmes électoraux ne sont guère différents par ailleurs. José Socrates, le premier ministre sortant, à qui les derniers sondages donnent une avance de 4 à 6 points sur sa rivale, continue de défendre sa politique de grandes infrastructures destinées à "mettre fin à la situation périphérique du Portugal en Europe" et à "améliorer la compétitivité de son économie". Accessoirement, cela permettrait de lutter contre l'augmentation du chômage, qui a dépassé le seuil d'un demi-million de demandeurs d'emploi, soit un taux encore jamais atteint de 9 % de la population active.
Anti-espagnolisme
"Parmi les grands travaux envisagés, le projet de ligne Lisbonne-Madrid est le seul à être fondamental, admet un député et ancien ministre du PSD, soucieux d'anonymat. L'unique question à se poser est : "A-t-on l'argent pour le faire ?"" Ex-député socialiste, le sociologue Antonio Baretto s'inquiète du flou qui entoure les finances publiques depuis que la crise a contraint le gouvernement Socrates à mettre entre parenthèses sa rigueur budgétaire : "On a saupoudré beaucoup d'argent. Depuis le quatrième trimestre 2008, les comptes publics comportent des trous noirs. Par exemple, le déficit de la Sécurité sociale a augmenté, mais on ne le connaît pas. Le réveil risque d'être douloureux après les élections."
Les arguments économiques n'étant apparemment pas suffisants pour convaincre l'opinion publique portugaise de revenir sur les engagements pris avec Madrid pour le TGV, Mme Ferreira Leite n'a pas hésité, lors d'un débat télévisé avec M. Socrates, à enfourcher le thème de l'anti-espagnolisme. "Le Portugal n'est pas une province de l'Espagne", s'est-elle emportée.
"Je n'aime pas que les Espagnols se mêlent de la politique portugaise", insiste-t-elle, faisant allusion à l'étroite relation que le socialiste José Socrates entretient avec son homologue espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero.
Au mois de juin, le chef du gouvernement portugais avait décidé d'ajourner l'attribution d'un premier tronçon après les élections. "Par scrupule démocratique", a-t-il expliqué pour éteindre la polémique. Malgré son avantage dans les sondages, le PS sait qu'il ne retrouvera pas sa majorité absolue. M. Socrates sera-t-il en mesure de remettre le projet sur les rails ?
Jean-Jacques Bozonnet