Sud Ouest du 09/03/07 a écrit :Le projet va enfin passer à la grande vitesse
LGV. -- Réseau ferré de France a décidé hier de lancer les études des lignes Bordeaux-Hendaye et Poitiers-Limoges
Le conseil d'administration de Réseau ferré de France (RFF), réuni hier, a décidé de lancer les études pour la construction d'une ligne nouvelle de Bordeaux jusqu'à la frontière espagnole, en suivant le scénario 3, qui prévoyait son passage à l'est des Landes avec un tronc commun en direction de Toulouse. La décision élimine donc la variante envisagée sur la rive droite de la Garonne vers Toulouse. De Dax à la frontière, cette ligne nouvelle permettra aux trains de voyageurs de rouler à 220 kilomètres-heure et sera raccordée à l'Y basque à Irun. La grande vitesse (320 kilomètres-heure) sera effective entre Bordeaux et Dax, qui accueillera aussi des TER rapides (TER-GV) ainsi que du fret pour tenir compte de la saturation à terme de la ligne actuelle. D'ailleurs, la décision de RFF prévoit d'importants investissements de capacité et de régénération sur l'actuelle ligne Bordeaux-Hendaye, pour un montant total de 1 milliard d'euros.
Concomitance. Le président du Conseil régional d'Aquitaine, Alain Rousset, qui recevait hier le directeur régional de la SNCF (lire ci-contre), a accueilli cette décision avec « beaucoup de plaisir et un peu de fierté ». En effet, Bruno de Monvallier, directeur régional, a rappelé que la délibération du Conseil régional en date du 16 février avait servi de « moule » à la décision de RFF. Elle contenait tous les éléments retenus dans la décision de l'établissement public, maître d'ouvrage de l'infrastructure ferroviaire, jusqu'aux études complémentaires pour la desserte du Béarn et la Bigorre, ainsi que le contournement ferré de Bordeaux, dont Alain Rousset avait fait la condition à son soutien au projet de contournement autoroutier, aujourd'hui suspendu.
Pour Alain Rousset, cette décision garantit la « concomitance des travaux avec la LGV Bordeaux-Toulouse ». L'enquête publique, pour l'une et l'autre, commencerait en 2011, et les travaux, en 2013. Bruno de Monvallier a confirmé que l'autoroute ferroviaire destinée à transporter des poids lourds de Mouguerre à Orléans serait en service fin 2007 - début 2008 au moins pour les citernes, et en 2013 pour les chargements ordinaires. RFF a aussi décidé de lancer les études pour la LGV Poitiers-Limoges, qui mettrait les deux villes à seulement quarante minutes dès 2014.
J.-P. D.
Contre la « balafre ferroviaire »
LGV BORDEAUX-ESPAGNE. -- Le choix de RFF pour le scénario 3 ne surprend guère en Sud-Gironde où les épées et boucliers sont toujours de sortie contre la « défiguration » du canton de Captieux
Dès l'annonce du projet, les Sud-Girondins se sont méfiés. Le débat public sur la LGV Bordeaux-Espagne, ils ne le sentaient pas...
Il y avait eu ce préambule en 2005, le débat sur la construction d'une ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse dont l'un des scénarios piquait vers le sud, en pleine forêt, descendait sur Guillos et passait entre Villandraut et Saint-Symphorien, pour aboutir sur Captieux avant de remonter vers Agen. Une option présentant « une sensibilité environnementale moindre », tout en étant « plus économique que les deux autres », dixit le bulletin publié avant le débat.
Des trains qui ne s'arrêteront jamais. A l'époque, en Sud-Gironde, on avait pesté contre ce projet « porté par le lobby toulousain et Douste-Blazy ». On dénonçait alors, de La Brède à Captieux, le massacre du paysage et le tort causé à un territoire rural condamné à voir passer des trains qui ne s'arrêteront jamais.
Pas le temps de rengainer les arguments qu'un second débat se profilaient fin 2006, celui de la LGV Bordeaux-Espagne. Que ce soit à La Brède, Captieux, Langon ou Saint-Symphorien, la commission particulière du débat public est accueillie avec le même entrain potache. Pipeaux à la bouche et pancartes au poing ! En Sud-Gironde, tout le monde estime en effet que le résultat est « couru d'avance ». Car le scénario 3 est présenté, selon les opposants, sous son meilleur jour. Apte à recevoir, sur l'embranchement capsylvain, son sillon toulousain.
Au fil des débats on sent que le fossé se creuse. L'universitaire Simon Charbonneau note « le paradoxe politique » entre les « petits élus locaux de gauche comme de droite » contre un nouveau tracé et les élus régionaux « qui, eux aussi, laissent tomber les clivages » pour défendre la voie nouvelle. De fait, le Sud-Gironde apparaît de plus en plus comme le village de Sioux, soutenu par les élus du bassin d'Arcachon, mais cerné par les bastions bordelais, landais et toulousains, tous majoritairement favorables à ce qu'on appelle en Sud-Gironde « la balafre ferroviaire ».
« Cette affaire, c'est la conjonction de trois volontés, résume Michel Dufranc, le maire UMP de La Brède. Celle des Toulousains qui veulent leur ligne, celle des élus landais qui veulent leur gare au milieu des pins, et celle des grands feudataires bordelais, Alain Rousset et Alain Juppé, qui veulent créer le moins de dommages possibles à la CUB ! On a bien vu que la population extérieure à la CUB est contre ce projet, mais dans ce département, il y a la CUB et les autres qui ne comptent pas ! On a le droit d'être le dortoir et le verger de la CUB, mais c'est tout ! »
« Des simulacres de démocratie participative ». Le conseiller général socialiste de Captieux, Jean-Luc Gleyze, abonde dans ce sens : « Les débats publics ont été de parfaits simulacres de démocratie participative. Les décisions étaient prises avant même que le débat soit achevé, voire engagé. Le passage en force est tel que depuis quelques jours, un bureau d'étude chargé de l'autoroute A 65 quadrille le secteur de Captieux avec des plans comportant un tracé de LGV ! L'Etat a fait le plus mauvais choix, le plus long et le plus coûteux pour le contribuable, en traversant cet espace protégé qu'est le Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne. »
Le conseiller général estime que « cette conclusion provisoire marque non pas la fin d'une mobilisation, mais bien le début d'un combat. Comme d'autres l'ont fait pour le grand contournement, nous mettrons tout en oeuvre pour que ce projet échoue et pour que le canton de Captieux ne soit jamais défiguré par un triangle ferroviaire qui condamnerait inéluctablement ses perspectives de développement. » Comme le souligne Bernard Bouic, le président de l'ACCA de Captieux : « la réserve d'Indiens n'a pas fini de manifester ».
Bertrand Ruiz